mercredi, septembre 10, 2008


Le détroit de Magellan, dernier obstacle avant la Terre de Feu
© Christophe Marcoux



YAMANA, retour en Patagonie

Un film de Fabrice Marquat


France – 2008 – Format de prises de vues : HDV & Super 8 - Format de projection : Béta Numérique ou DV-Cam – VOSTF – Couleur – 80 mn - Production : Kanari films - Réalisation & Prises de vues : Fabrice Marquat - Montage : Nils de Coster - Musique originale : Marc Sens

D'où nous vient le désir d'ailleurs, de voyages et d'aventures ? Qu'attend-on de ces exils définitifs ou momentanés, baignés d'un fantasme parfois trompeur ? Et où nous mènent-ils…? Durant un voyage à moto et en solitaire de six mois en Patagonie, le réalisateur-narrateur de Yamana tente l’approche de réponses : d’abord en fouillant son propre vécu familial, puis en partant à la rencontre et à l'écoute de femmes et d'hommes qui ont décidé de tout quitter, au début du siècle ou plus récemment, pour succomber aux sirènes du mythe patagon. Ils sont Belges, Allemands, Canadiens, Français, Croates, Argentins ou Chiliens et tous vivent la Patagonie à leur façon, entre fascination et désillusion. Souvent dans l’isolement. Avec sa trame narrative en forme de carnet de route intimiste, Yamana est avant tout un regard sensible posé sur l'autre et son parcours, une écoute attentive en quête de réponses.

Film disponible en DVD et VOD sur http://boutique.kanarifilms.fr

Bande annonce sur
http://laboutik.tv/yamana



En festivals et en salles :

> 26 avril 2008 : Festival de Nice - Hors compétition
Infos sur : www.nice-filmfest.com

> 30 août 2008 : Festival Les Conviviales de Nannay (Nièvre)
Infos sur : www.nannay.com

> 18 septembre 2008 : projection au FIAP (Paris, 14ème)
dans le cadre des conférences des éditions Transboréal
Infos sur : www.transboreal.fr

> 26 septembre 2008 : Festival Doc’Ouest à Pléneuf Val-André (Côtes d’Armor)
Infos sur : www.filmsenbretagne.com

> 28 septembre 2008 : Festival des Globbe-Trotters à l’opéra de Massy (91)
Infos sur : www.abm.fr

> 5 octobre
2008 : Festival de Saint Valéry en Caux (76)
infos sur : www.festival-image.org

> 17 au 23 novembre 2008 : Rencontres des cinémas d’Europe, Aubenas (07)
Infos sur : www.maisonimage.eu/festival.html
ITW radio sur : www.frequence7.net/rencontrescine.php

> 5 janvier 2009 : projection à la Maison des Mines, Paris 5 / association Culture/Aventure
infos sur : www.culture-aventure.fr

> 9 février 2009 : Festival Itinéraires Singuliers, Dijon (21) au cinéma Eldorado
Infos sur : www.itinerairessinguliers.com/index/Site/Festival/festival.html

> 7 et 8 mars 2009 : Les rencontres de l'Aventure, Nantes (44)

> 13 et 14 mars
2009 : Festival Partances, Toulouse (31)

> 15 au 21 mars
2009 : Festival Itinérances d'Alès
Infos sur : www.itinerances.org

> 28 et 29 mars 2009 : Festival Planète Couleurs, St Etienne (42)
Infos sur : www.planete-couleurs.com

> Dimanche 31 mai 2009 : festival Etonnants-Voyageurs, Saint-Malo
Infos sur : http://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?article3983

> Dimanche 7 juin
2009 : Projection publique au cinéma L'Escurial, Paris 13ème

> Vendredi 2 et dimanche 4 avril 2010 :
9èmes Rencontres du Cinéma Européen de Vannes.

Infos sur :
http://pagesperso-orange.fr/cinecran-vannes/Euro2010/index.htm

> Mardi 8 juin 2010 à 19h : projection publique au Forum des Images à Paris + projection de mon court métrage Et Carreteras.
Infos sur : http://www.forumdesimages.fr/fdi/Rendez-vous/Premiers-films

> Samedi 30 octobre 2010 à 17h30 : ouverture du Mois du film documentaire à l'Alcazar de Marseille + projection de Et Carreteras

> Samedi 6 novembre 2010 à 20h : mois du film documentaire à la médiathèque de Montauban + projection de Et Carreteras

> Vendredi 3 décembre 2010 : sélection en compétition internationale du festival d'Autran.
Infos sur : http://www.festival-autrans.com/fr/index.htm



Et ailleurs :

> un article sympa sur : www.reverdebout.wordpress.com

> à partir du 22 octobre, diaporama commenté sur www.geo.fr

> vous pouvez m'écouter en direct sur France Inter, le dimanche 20 septembre à 1h du matin dans l'émission "Nocturnes" et la podcaster sur www.radiofrance.fr/franceinter/em/nocturne/

> et bien sûr dans le numéro 121 (octobre-novembre) du magazine Globbe-Trotters, en vente (presque) partout et sur www.abm.fr


Deux blogs (d')amis :

> www.transam.fr

> www.thetimelessride.com

vendredi, juillet 28, 2006









LA GENÈSE DU FILM


Parc Torres del Paine - Chili

© Fabrice Marquat



YAMANA
Retour en Patagonie...


Novembre 2006 - Avril 2007


Yamana c'est un périple à moto de 6 mois et en solitaire entre Santiago du Chili, le Cap Horn et Buenos Aires. Un film documentaire de 52' produit par Kanari Films. Des articles, photos et vidéos à découvrir chaque semaine sur le site de mon partenaire (cf ci-dessous). Et bien sûr, mon carnet de route sur ce blog : récit des péripéties liées au voyage et à la réalisation du film. Alors rendez-vous ici-même et sur voyages-sncf.com début novembre pour suivre dans ma roue l'aventure Yamana...

FM











Yamana est le nom que se sont donné
les Indiens Yahgan de Patagonie

Il signifie à la fois

"les gens" et "être heureux"...







Quelques indications sur la génèse du projet et du film
en attendant le départ de Paris (2 novembre)




SYNOPSIS

Près de 10 années après mon premier passage en Patagonie, je retourne sur ces terres du bout du monde de novembre 2006 à avril 2007. Seul au guidon de ma moto (BMW R1150 GS) pendant 6 mois et quelques 15000 kilomètres, je vais filmer mes rencontres avec une population bigarrée, isolée géographiquement et socialement du reste du monde. Les Indiens Yahgan ayant disparu au fil des siècles de colonisation du territoire, les habitants actuels - chiliens ou argentins - sont les représentants des multiples vagues d'immigration qui se sont succédées depuis l'arrivée de Magellan au XVIè siècle.
Espagnols, gallois, écossais, croates, russes, allemands et autres libanais : tous avaient une raison pour rejoindre ce Far West austral, véritable mythe qui, aujourd'hui encore, fascine et attire toutes sortes d'aventuriers.

Pourquoi sont-ils venus ? Pourquoi sont-ils restés ?

C'est à travers leurs regards et leurs paroles que je souhaite me confronter aux divers questionnements que cet exil momentané et volontaire va provoquer en moi.
Aurons-nous des points communs inattendus, des expériences à partager et - qui sait - des réponses à apporter quant à une certaine quête d'ailleurs, de solitude et d'aventure ?














Parc Torres del Paine - Chili
© Fabrice Marquat






INTENTION DU RÉALISATEUR


Traverser le monde en dehors des passages cloûtés est une habitude et un plaisir que je cultive depuis l'enfance : avec des moyens limités, mes parents mettaient, chaque été, un point d'honneur à entraîner toute la famille sur les routes d'Europe, dans une fourgonette reconvertie pour l'occasion en camping-car. La caméra Super 8 paternelle fut le témoin de ces aventures...
Si la destination était préalablement établie - Italie, Corse, Sardaigne, Espagne ou Yougoslavie - nous roulions le plus souvent au gré de nos envies, totalement autonomes et libres de nos mouvements. En évitant soigneusement les campings - peu développés à l'époque ! - nous vivions alors au plus près des populations locales et de la nature. Saupoudrées d'aventure, ces escapades résonnent encore en moi comme un élément déclencheur de mes pérégrinations passées et à venir.

L'aventure en Patagonie : pourquoi et...

Je découvre la Patagonie en 1997, lors d'un tour du monde de 10 mois consacré à des reportages photographiques sur le spectacle de la rue. J'avais jusque-là nourri mon imaginaire sur cette région grâce aux récits des Luis Sepulveda et autres Francisco Coloane. Mais cette première visite fut une véritable révélation et je me promis, sitôt bouclé mon tour de planète, de revenir au bout du monde, seul et à moto.

Près de 10 années ont passé (!) durant lesquelles je n'ai cessé de penser à ce retour...


Lors de mon premier passage en Patagonie, j'avais été frappé par la beauté et la diversité des paysages bien sûr, mais aussi et surtout par l'incroyable mosaïque de la population, fruit des nombreuses et incessantes vagues d'immigration. Qui sont, aujourd'hui, les représentants d'une population éparpillée dans un tel espace (75% de la population chilienne vit dans 20% des territoires, c'est-à-dire à proximité de la capitale, alors que la Patagonie est un territoire 6 fois plus grand que la France) ?

Pour la plupart, ils sont les descendants d'immigrés de tous pays, des exilés contemporains en quête d'aventures ou d'une vie meilleure. Perçoivent-ils, comme le faiseur-d'image nomade que je serais à ce moment-là, ce "pays" comme un nouveau Far West où tout est possible, malgré les rigueurs climatiques et l'isolement ?

C'est cet étrange assortiment de populations - sédentaires ou en mouvement - que je souhaite aborder pour recueillir, au fil des rencontres et conversations, des histoires personnelles dans lesquelles la Patagonie et la Terre de Feu prennent une place essentielle. Yamana racontera cette succession de destins insolites - drôles ou dramatiques - qui enrichissent le mythe patagon.

...pour qui ?


Je me suis souvent demandé de savoir ce qui m'attirait tant dans le fait de voyager... difficile de répondre à cette question et pourtant, comme certains l'ont déjà si bien écrit, le plaisir du voyage vient d'abord de l'idée que l'on s'en fait. Et la projection est souvent plus séduisante que la réalité car elle gomme tous les désagréments liés à la gestion du quotidien, sur le terrain. Le passage du fantasme à la réalité est donc parfois douleureux pour qui n'est pas préparé à cette éventualité...

En ce qui me concerne, cela tient de l'alchimie entre une certaine fuite de la routine et de l'irrépréssible envie d'aller vers d'autres gens, d'autres ailleurs. Et tenter de m'en nourrir....

J'ai compris alors que ce voyage en solo serait l'occasion de me frotter à nouveau à ces questionnements. De me confronter aussi à une certaine forme d'aventure qui me grisait littéralement lorsque j'étais enfant et qui a perduré lors de tous mes autres voyages.
Je dois certainement à mon père cette fibre voyageuse. Je lui dois peut-être également cet attrait pour l'image, le FILM : sa camara Super 8 faisait partie intégrante de la famille et les films paternels, où l'on sent toujours le soucis d'un bon cadrage et l'absence de mouvements intempestifs de la caméra, m'ont donné l'envie de filmer ce voyage en pensant à ces bobines de 3' et raconter, à travers les réminiscences de mes souvenirs d'enfance, les aventures invisibles de héros méconnus, à l'autre bout du monde.



Lac Grey - parc Torres del Paine
© Fabrice Marquat




LA FORME

D'un double point de vue - technique et scénaristique - j'aime l'idée qui consiste à confronter les images Super 8 des années 70 à l'image numérique actuelle : elle permet la juxtaposition de mon histoire personnelle - en filigranne - à celle des personnages rencontrés sur ma route. Mais aussi de rappeler le lien entre 2 époques (l'une, celle de mon enfance, révolue et teintée de nostalgie, l'autre comme un témoignage de la réalisation des rêveries vagabondes d'un enfant devenu adulte), et 2 cinéastes amateurs (un père "Super 8" et son fils "numérique").
Et ainsi boucler un cycle filial tout en rapprochant les 2 générations...
Une façon également de montrer que le regard porté sur l'Autre et toujours influencé par le regard que l'on porte d'abord sur soi : la constitution de tout être prend ses racines dans le terrain vague de l'enfance






Le principe du carnet de route, filmé ou écrit,

repose sur le hasard des rencontres et des évènements.

Mais avec les souvenirs de mes premiers pas en Patagonie

et mon propre vécu, un scénario original de Yamana existe.


En voici 2 extraits...





I - PROLOGUE

SEQ.1 - EXT. JOUR / QUAI D'EMBARQUEMENT / IMAGE SUPER 8

Indication texte, bas d'écran : Italie, août 1974

Voix-off (1) : "Dans le port de Gênes, mon père filme le transbordement de notre camionnette sur le ferry en partance pour la Sardaigne. Comme chaque été, toute la famille par à l'aventure sur les routes d'Europe. J'ai 4 ans et mes parents m'inoculent sans le savoir le virus de l'échappée belle... Il reste ces films Super 8 qui, au fil du temps, se sont substitués à ma mémoire et m'ont permis d'entretenir le souvenir de mes sensations de baroudeur en herbe. À la veille d'un nouveau départ, d'un nouveau voyage, toutes ces images de cinéaste amateur résonnent encore en moi comme l'élément déclencheur de mes pérégrinations passées et à venir."

A l'image

Un fourgon J7, transformé en camping-car de fortune, s'envole dans le ciel, pris dans les mailles d'un filet géant, pour être déposé sans ménagement sur le pont du ferry. La caméra observe un moment le balancement douteux, à 20 mètres de hauteur, de la camionette puis repporte son objectif attentionné sur 4 enfants qui, avec un sourire silencieux, longent le quai d'embarquement à l'ombre de la masse imposante d'un navire. Je suis le plus petit d'entre-eux, encadré par mon frère et mes 2 sœurs, et semble bien excité par cette nouvelle aventure qui commence...


Fondu au noir - générique de début

...

Fondu à l'image - suite du prologue


SEQ. 2 - EXT. JOUR / CARRETERA AUSTRAL / IMAGE NUMÉRIQUE

Indication texte, bas d'écran : Carretera austral - Chili, novembre 2006

Voix-off (2) : "À tout moment en Patagonie, le voyageur s'attend à croiser sur sa route un gallois, un gentleman-farmer anglais, un hippie de San Francisco, un nationaliste monténégrin, un Afrikaner, un missionnaire persan de la région de Bahai, ou l'archidiacre de Buenos Aires, en tournée pour administrer des baptêmes anglicans. On peut aussi y voir des personnages comme Bautista Dias Low, dresseur de chevaux et anarchiste, que j'ai rencontré près de Puerto Natales au sud du Chili. Il s'était construit lui-même son estancia en abattant les arbres de la jungle. Il me surprit par l'étendue de ses connaissances sur le voyage du Beagle : non pas qu'il ait lu des livres à ce sujet - c'est à peine s'il savait lire - mais parce que son arrière-grand-père, le capitaine William Low, avait piloté Darwin et Fritz-Roy à travers les canales."

À la fin de la citation, le nom de l'auteur s'affiche en bas de l'écran
Bruce CHATWIN, "Retour en Patagonie"

À l'image : le revêtement accidenté de la Carretera austral, au sud de Puerto Montt, défile sous les roues de la moto. Sur ma gauche : la Cordillère des Andes et ses glaciers. À droite : les fjords et chapelets d'îles baignés par l'océan Pacifique.

Voix-off (1): "Je suis parti de Santiago au début du mois et mis le cap au sud. Sur cette route qui me mène à la Terre de Feu, je pense à mes futures rencontres. Les personnages décrits par Chatwin en 1970 existent-ils encore ? La Patagonie est-elle restée ce Far West sud-américain où des occidentaux de toutes origines et confessions venaient chercher ce qu'ils croyaient être l'aventure, la réussite peut-être ? Filmer ces gens, c'est aussi me confronter à l'origine de ma propre présence sur ces terres, à mon retour en Patagonie."


II - UN PORTRAIT

SEQ. 6 - EXT. NUIT / DEVANT UNE CABANE / BRASERO / IMAGE NUMÉRIQUE

Voix-off (1) : "À quelques encablures de Puerto Natales, Millàn Cucic, 52 ans, s'est amménagé une cabane sommaire près de la rivière."

Description du sujet de la séquence : dans la région de Puerto Natales, là où les glaciers de la Cordillère des Andes viennent se jeter dans le Pacifique et découper les côtes chiliennes en fine dentelle, Millàn s'est amménagé une cabane de rondins et de pierres.
Proche de la rivière où ce prospecteur d'or travaille 7 jours / 7.
Au premier regard, l'aspect de l'habitation intrigue le visiteur : elle est enterrée aux 3/4, avec des ouvertures par plus grosses que des meurtrières. Millàn explique qu'il a suivi les directives du gouvernement chilien : pour se protéger des radiations de plus en plus fortes d'ultra-violets (un trou de 27 millions de kilomètres carrés dans la couche d'ozone embrase le Pôle Sud et toute la région depuis une bonne décennie), la population doit se tenir informée, via la presse locale, de l'indice quotidien de dangerosité du soleil (indicateurs vert, orange ou rouge en premières pages des quotidiens locaux). En fonction de la couleur annoncée, les précautions à prendre sont plus au moins drastiques. À noter que de l'autre côté de la frontière, en Argentine, ni la presse ni le gouvernement n'informent la population des dangers qu'elle encourt alors que le nombre de cancers de la peau est en constante augmentation...

Millàn est plus loquace sur les problèmes de la couche d'ozone que sur son passé : né en 1955 à Valparaiso de parents croates fraîchement débarqués au Chili, il doit, pour d'obscures et personnelles raisons, quitter la zone urbaine du pays et se faire oublier pour quelques temps. Il a 45 ans lorsqu'il arrive en Patagonie et s'installe comme orpailleur à 40 km de Puerto Natales. Ses journées solitaires sont rythmées par le rituel immuable du quotidien : prospection, deux repas par jour et entretien de la cabane. Deux fois par mois, il va à la ville pour vendre le peu d'or prospecté, acheter des provisions en conséquence et trouver un peu de compagnie auprès de ses semblables. Voire un peu de réconfort dans les bras d'une prostituée ou au goulot d'une bouteille. Il sait qu'il ne quittera jamais la région.


Glacier Grey
© Fabrice Marquat







ITINÉRAIRE
(prévu mais absolument pas respecté dans la réalité !)






QUI JE SUIS...




Carnaval d'Oruro - Bolivie
© Bernard Marquat









Né le 15 février 1970 en Franche-Comté, 40 ans

Langues : Français, Espagnol & Anglais


Profession

> Programmateur cinéma à l'Agence du court métrage (Paris)
> Rédacteur & critique pour la revue de cinéma Bref (Paris)
> Réalisateur (parfois...)

Voyages & réalisations vidéos

> 1970-1985 : déambulations familiales et estivales grâce au camping-car paternel.
Premiers contacts avec la Route et le film Super 8

> Juillet-août 1989 : Maroc
(chez l'habitant)

> Août 1994 : Burundi (Afrique Equatoriale)
Film vidéo (co-réalisation) Voyage au pays des milles collines, 50'

> Mai-juin 1992 : Canada
Stage de fin d'études à Radio-Canada au service de la rédaction TV

> 1996-1997 : Tour du monde
sur le thème La rue est un spectacle (photographies)
Co-baroudeuse : Laure Félix
10 mois de voyage à travers 16 pays :
Etats-unis - Canada - Mexique - Guatemala - Cuba - Equateur - Perou - Bolivie - Chili - Argentine - Australie - Indonésie - Thaïlande - Vietnam - Népal - Inde

Durant le voyage, rédaction d'articles pour les journeaux
La Rue (Paris) et L'Alsace (Mulhouse)
+ chroniques radio pour Europe 2 (Paris)

Au retour, expos photos et interventions
en milieu scolaire (diaporamas)

> 1998-2001 : Autres voyages
Afrique du Sud - Botswana - Zimbabwe - Egypte

> Décembre 2002 : Mali
Film (mini dv) Où souffle l'Harmattan, 40'

> Depuis 2001 : ma profession est source de déplacements à l'étranger et d'autant de rencontres professionnelles avec des réalisateurs et producteurs de culture cinématographique différente de la mienne (en Allemagne, Norvège, Pays-Bas, Finlande, Hongrie, Espagne, Portugal, République Tchèque...)







Puerto Natales - Chili
© Fabrice Marquat










LE CARNET DE ROUTE
(nota : désolé pour les fautes de frappes et d'accentuation
dues aux claviers sud-américains et à une écriture "automatique".
Relecture et corrections en cours...)



3 novembre 2006

Voila, c'est fait : arrivée a Santiago après un survol de Brasilia a 5h du mat' puis la traversée de la Cordillère des Andes juste avant la capitale chilienne...ciel bleu le matin, deja gris de pollution dès midi...

Première rencontre avec Paloma (pardonne-moi Michael* de cette infidélité avec cette allemande plus forte que toi) qui n'attend plus que ses valises Touratech encore sous cellophane pour cause de livraison "on time" on va dire ! (Yvon si tu me lis...merci encore).

* Michael est le vieux scooter Piaggio 125 qui m'aide à me déplacer dans Paris : une sorte de star italienne déchue, laide et cabossée par la vie, mais fidèle... Paloma est donc la BMW R1150GS qui va partager ma vie des 6 mois à venir : saura-t-elle me faire oublier Michael ?

La maison de Bérangère et Andres est grande, elle est belle et elle a une piscine dans son jardin... ma semaine de préparation (psychologique et technique !) ne s'annonce pas trop mal.

Le matériel est arrivé ET en bon état : bientôt les premiers tours de roues et de manivelle dans les massifs andins qui cernent Santiago (et en font du coup une des villes les plus polluée d'Amérique Latine) puis une petite escapade à "Valparaiso la belle" voire si la maison de Pablo Neruda a toujours une vue imprenable sur la baie.

Décalage horraire + fatigue générale ne font pas de moi un raconteur prolixe ce soir : je vais donc profiter de mes hôtes, de la douceur de cette fin de journée et vous donner rdv dans quelques jours avec du croustillant j'espère...







7 novembre 2006

Les jours passent et toujours rien de croustillant, désolé... je ne suis pas sûr que vous conter mes démarches administratives (l'administration chilienne mérite ici un compliment pour son efficacité) pour l'achat de la moto ou l'achat d'un téléphone portable soit du plus grand interêt mais je n'ai guère que cela à proposer pour le moment : ces démarches (sous un soleil implacable) me prenant la plus grosse partie de mon temps avec la préparation de Paloma. Hormis une escapade dans les massifs pré-andins dimanche avec Andres : après le plaisir des lacets asphaltes, il nous a dégoté une piste en terre (plusieurs kilomètres qui mènent à une mine en activité) qui m'a permis de tester la stabilité de la moto (à 1 ou 2 chaloupement près).

Autant dire que les picotements dans les jambes (et les poignets surtout !) se font ressentir de plus en plus fort... Mais la circulation à Santiago est si dangereuse pour les non-initiés et surtout pour les motards (leur nombre insignifiant fait qu'ils ne sont absolument pas respectés par les autres "objets" roulants, les bus ayant la triste réputation de "tueurs" de 2 roues) que mon ami local me conseille de patienter jusqu'a samedi pour prendre la route : le week-end, la ville perd quelques points de frénésie sur l'echelle de la folie urbaine universelle. La nuit je rêve de pistes poussiereuses et cahotiques qui serpentent entre les lacs Andins, dans un calme a peine trouble par le chuintement suave de mon flat twin...mais des 8h, ce sont 4 millions de chiliens stresses qui m'attendent de pied ferme (sur l'accelerateur bien sûr) dans les rues de Santiago.


la piste de mes rêves... (parc Torres del Paine)



Un chameau de mes amis m'a glissé un petit mot juste avant mon départ en me demandant de ne le lire qu'après mon départ...j'avoue que j'avais un peu oublié cette missive et je la retrouve ce soir par hasard, cachée dans les pages "Asie" du Courrier International acheté a Orly la semaine dernière. Excepté son contenu extrêmement personnel (!), cette lettre finissait par une citation de Pessoa qui exprime de façon troublante un aspect de mon état psychologique du moment (merci vieille canaille):


"Ce froid si spécial des matins de voyage, l'angoisse du départ, cette chair de poule qui part du coeur pour atteindre la peau, qui pleure virtuellement malgré la joie".






13 novembre 2006

Osorno, a 900 km au sud de Santiago. Je suis enfin parti, après avoir expédié les derniers préparatifs dans la capitale (après 4 visites, je suis devenu le chouchou de la boutique Entel : mon portable qui ne peut pas envoyer de SMS, ça les intrigue, ça les amuse...mais ça ne marche toujours pas !).


Bref, me voici enfin sur la route, avec la sensation que le voyage et l'aventure commencent maintenant : fini le confort rassurant de la maison de Berangere et Andres, leurs bons conseils pour avoir l'administration chilienne dans sa poche...

L'autopista rectiligne pendant 2 jours n'est pas ma meilleure expérience de motard...mais elle a le mérite de me permettre de prendre en mains Paloma, tester l'endurance de mon dos et de mes fesses. Seules les 1eres heures sont difficiles, après on pense à autre chose...

La descente vers le sud d'une traite a l'avantage de percevoir le chili a 2 vitesses : en quittant la zone urbaine de Santiago et son activite economique intense, on perçoit petit a petit un chili rural beaucoup moins "competitif". Les voitures sont moins nombreuses, elles sont moins neuves (une famille qui partait avec sa vieille 404 Peugeot en la poussant pour demarrer m'a rappelle quelques souvenirs d'enfance !) et roulent (donc) plus lentement. Les travaux des champs se font encore a la main, ou avec l'aide des chevaux (les labourres par exemple). Ces sont aussi les chevaux qui restent indispensables pour tracter de nombreuses charettes, a leur rythme le long de l'autopista. Coca perd des parts de marche (de com' en tout cas) au profit de Pepsi qui sponsorise de façon elegante certains paneaux d'accueil de petites municipalites sans le sou (ou radines) : sur des 8 m x 12 m, ça donne (en tres gros) : "PEPSI COLA" puis en dessous (en tout petit) : "Bienvenidos a ..." (je préfère taire le nom de ces villes !

Demain je passe en Argentine car le bateau que je voulais prendre côte chilien (dans la region de Puerto Montt, a 100 km d'ici, la largeur du Chili ne depasse pas 15 kms) pour rejoindre Coyhaique ne fonctionne qu'en janvier et fevrier > un petit detour qui m'emmene vers la region des lacs andins et Bariloche (le Megeve argentin > je vais peut-être filmer mes premiers specimens ?!). Apres quelques jours argentins, je reviens vers la frontiere chilienne ou je pourrais enfin "attaquer" la Carretera Austral...


"Le vrai domicile de l'homme n'est pas une maison, mais la route"

(Bruce Chatwin)


15 novembre 2007

Bariloche, Argentine..

Chaque jour, ou plutôt chaque etape, est une aventure : impossible de prévoir ce qui va se passer... Prenons l'exemple de l'etape Osorno > Bariloche qui s'annonçait comme une courte etape de plaine, puis de moyenne montagne pour franchir le col/frontiere entre le Chili et l'Argentine et enfin se laisser descendre tranquillement vers ce que j'annonçais comme le "Megeve argentin". C'est vrai que les paysages sont magnifiques, et que cette petite route qui serpente entre les lacs doit être tres accueillante en temps normal. Moi je n'ai pas eu droit au "temps normal" de la saison, mais a un petit caprice meteorologique qui a transforme la ballade bucolique annoncee en cheminement penible et harrassant nerveusement et physiquement.

Pourtant, au depart d'Osorno, ce n'était qu'une petite pluie pas bien méchante. A l'approche de la montagne, en prenant un peu - pas beaucoup puisque le col est à 1300 m - d'altitude, la pluie et les nuages ne font qu'un : dans cette bruine froide, la visibilité est tout de suite réduite de moitié, la visière embuée n'arrangeant rien. La route est glissante et la température baisse, mais les paysages semblent toujours aussi majestueux... après la frontière chilienne, un rayon de soleil à travers les nuages me donne un faux espoir : le no man's land entre les 2 pays est totalement enneigé, le brouillard s'épaissit et... tiens ! je crois qu'il se met à neiger... non, c'est de la grêle ! Les poignées chauffantes de Paloma ne sont pas du luxe : j'ai au moins une partie du corps sèche et au chaud. Le douanier argentin me garanti soleil et bonne route dans son beau pays. Il n'avait pas tort mais il ne parle pas du vent qui souffle dans son beau pays : je termine l'étape (les 100 derniers kms) en prenant des "claques" éoliennes aussi inopinées que violentes, déviant mes trajectoires de plus d'un mètres à chaque fois. Dans les lignes droites, la moto roule en oblique. Dans les virages...sans commentaires. Par contre, le point positif est que cette soufflerie infernale m'a séché en moins de deux. Commentaire du serveur qui m'offre une bière en écoutant mon histoire : "oui c'est un été particulier cette année, c'est rare d'avoir des vents de 90 km/h en cette saison".


17 novembre 2006

Trevelin, petite cite argentine a 40 km de la frontiere. Heureusement, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas : la journee d'hier m'a fait oublier mon sejour a Bariloche ou mon moral et ma forme physique (ils sont souvent lies ces 2 la) etaient plutot dans une mauvaise passe. Dans ces cas la, la seule chose a faire est d'attendre le lendemain et se coucher tôt !

Et le miracle a lieu : le rêve que je faisais a Santiago en rongeant mon frein se realise. Tout y est : la petite route sinueuse, le soleil, pas de vent (ou presque). Il faut dire que la 1ere partie du trajet est abritee dans une sorte de vallee verdoyante, avec vue sur les cîmes enneigees des Andes au second plan. A vitesse reduite, Paloma et moi-même prenons notre pied (que dire d'autre ?). En 1/2h, ce nouveau regime m'a totalement requinque et le moral fait un bon spectaculaire de 5.5 a 9.75 (sur une echelle de 10 !). Je me gave litteralement de la beaute du lieu et m'arrete 3x pendant pres d'1 heure pour faire des images puis tester le "bras magique" (cf photo plus haut) pour le 2eme fois. Avec le filtre polarisant, l'effet est vraiment pas mal et on ressent bien le basculement de la moto entre chaque virage : je suis en train de faire un film pour la Geode...!

En quittant cette (fausse) vallee, je debouche sur une plaine d'altitude et retrouve mon ami le vent. Apres l'Eden, me voici sur la Lune : plus rien ne pousse, plus rien ne semble pouvoir vivre sur cette etendue desertique qui s'ouvre devant moi. Rectiligne est legerement en descente, la route ne s'autorise que quelques rares courbes ou il ne fait pas bon croiser un Fangio local. Sur ma droite, le cordon blanc de la Cordillere m'acompagne... J'ai fait plein de photos, mais j'ai oublie mon câble de raccordement a Santiago. Desole, il faudra attendre Coyhaique ou ma compañera va me rejoindre et m'apporter, entre autres, ce cordon indispensable.

Pour terminer une telle journee, je trouve un hospedaje tout en bois - la Casa Verde - ou l'on peut cuisiner : un petit tour a l'epicerie et je me prépare une viande de bœuf hachée (300 g, j'ai "oublié" de manger depuis le petit dej'), du riz et une sauce tomate + oignons. Le tout arrosé d'un vin tinto argentin bien corsé... demain, je serais à nouveau chilien.



20 novembre 2006

Coyhaique, Patagonie chilienne. La charmante, mais piegeuse, Carretera Austral m' a permis d'arriver jusqu'ici. Charmeuse parce qu'elle véhicule cette image mythique, liée à sa construction épique initiée par le dictateur Pinochet dans les années 70, et aussi tout simplement parce qu'elle garde le caractère brut d'un joyau mal dégrossi. Rouler sur la Carretera, c'est à la fois s'ébahir constamment de la beauté sauvage des paysages, de leur variété, des genêts (jaunes) et bougainvilliers (rouges) en fleurs qui jalonnent la piste. Mais elle nécessite en contre-partie une attention permanente pour éviter ses pièges : vaches en liberté, trous, nids de poule, rétrécissements, croisements avec d'autres (rares) véhicules, ponts (très nombreux) faits de simples madriers en bois (rustiques et jolis mais casse-gueule)... Ce sont donc 2 jours de voyage que je ne suis pas prêt d'oublier : le soleil était de la partie et sans le casque intégral, c'est bouche-bée que j'aurais fait tout le trajet. La caméra embarquée et son "bras magique" ont capté tout ça pendant plus d'une 1/2 h... Je l'ai rangée 1/4 h trop tôt : un lièvre sort d'un fourre sur ma gauche, à 3 mètres de la moto. Je pense tout de suite au contact et à la chute, mais l'animal est fidèle a sa réputation : il se met à courir (par peur, par jeu ?) sur la gauche de la piste, 5 mètres devant Paloma... Exactement le cadre que j'utilise pour la caméra embarquée ! Une séquence magique : sur près de 700 m, le lièvre a maintenu une vitesse de près de 70km/h, avant de décrocher et rejoindre le lit de la rivière juste sur notre droite. Une séquence que j'aurais pu vous faire partager, tout s'est joué à 1/4 h. De mon côté, elle est déjà archivée dans ma mémoire personnelle, déja bien garnie après seulement 10 jours de route.

Le lendemain et quelques centaines de km plus loin, juste apres le village de Puyuhuapi, sur les rives d'un fjord du Pacifique, la piste se durci encore : plus etroite, plus sinueuse et un revêtement qui melange graviers et galets. Je diminue la vitesse a 30 km/h, surtout dans les virages a gauche, en devers, le long du precipice. Même sur route, le virage a gauche n'est pas mon favori (je crois savoir que chaque motard a sa preference, une question d'equilibre et de sensation naturelle). Est-ce la cumulation (et l'accumulation) de la fatigue, et de la difficulte grandissante du parcours ? ...dans un virage a gauche plus serre que les precedents j'ai senti que j'allais trop vite et que ma roue avant allait perdre son adherence dans les graviers. Plutot que de bloquer les freins, je choisi (comme d'hab' : c'est l'un des points forts de cette moto) le frein-moteur qui permet de ralentir vite et bien. Mais au lieu de retrograder (une action-reflexe que je dois effectuer 300 x dans une etape...) en 2de, je passe la 4eme : au lieu de ralentir, Paloma prend encore un peu + de vitesse et, sans acceleration de ma part, adopte en plus un comportement "flottant"... Le temps de reagir (debrayer et freiner), je suis deja le nez dans la caillasse du bord de la piste, celui de Paloma enfonce sous un buisson jusqu'au tronc. Elle s'est couchee sur le côte sans que je sois ejecte : mais les pars-cylindre et les valises alu (tres resistantes, merci Touratech) me protegent la jambe droite en partie. Un peu sonne, je constate les degats : derriere le buisson qui est en train de moucher le nez de Paloma, c'est un precipice de 30 m qui donne sur l'ocean... Deux types en 4x4 arrivent sur les faits et m'aident a sortir ma belle de sa position impudique (on voit tous ses dessous mecaniques) et inconfortable, ce que j'aurais ete incapable de faire seul vu l'acces difficile et le sol "mouelleux".


On a chacun un gnon dans cette histoire : Paloma au reservoir et moi au genou. Vraiment rien de grave en fait. Apres cette montee d'adrenaline, je decide de repartir tout de suite : non pas que je sois plus courageux que la moyenne ambiante, mais simplement parce que j'ai compris les raisons de la gamelle et que je sais maintenant comment eviter ce genre d'incident. Et puis aussi parce que trop gamberger me clouerai sur place ou m'obligerai a remonter sur la moto avec les jambes en coton et la confiance en berne. Donc je repart, mais mollo !
L'etape se termine avec la rencontre de Martin, motard allemand solitaire, un peu fatigue et un chouille deprime aussi. Il fume une menthol sur le bord de la piste et lorsqu'il m'apperçoit son comportement corporel m'indique qu'il aurait fondu en larmes si je ne m'etais pas arrete... Il se trouve (et ça tombe bien) que j'aurais fait pareil a sa place ! Nous sommes donc 2 motards perdus a + de 150 km du premier village, sur une piste de + en + hostile, apres une journee deja bien remplie... dans ces cas la, on ne se pose pas trop de questions : on se serre la pogne frenetiquement en se souriant stupidement, avec l'envie de dire a l'autre :

"On est copains, hein ! Dis-moi qu'on est copains" !


Martin aurait pu être mon premier personnage pour le film. Mais s'il me laisse le filmer en roulant (j'ai ressorti le "bras magique" pour l'occasion), il en profite pour cogiter a ma proposition de faire son portrait dans la soiree et m'annonce en arrivant a Coyhaique qu'il ne souhaite pas être filme... je n'insiste pas. Pourtant, notre conversation ce soir-la (orientee vers les raisons qui l'ont pousse a faire ce voyage de 5 mois, du Perou a la Terre de Feu, a l'âge de 35 ans et avec ses 6 mots d'espagnol - dont "cerveza") ne manquait vraiment pas d'interêt. Mais plutot que de le regretter (je positive, comme pour le lievre) je me dit que ça peut faire un portrait avorte qui aura sa place dans le film pour justement montrer l'impossibilite, parfois, de filmer le reel > une façon aussi de respecter la decision de Martin tout en parlant de lui et de notre rencontre qui a son importance dans ce contexte.



Je suis donc ici pour quelques semaines en attendant l'arrivee de ma compañera. J'occupe mes journees a rechercher des contacts qui pourraient m'orienter vers des personnages dans cette region et ainsi commencer reellement ce pour quoi je suis ici. Je pense aller egalement a la recherche du demi-frere de Coloane, photographie dans la region de Puerto Aguirre (120 km environ de Coyhaique) par Gregoire Korganow il y a quelques années.







23 novembre 2006

Etrange de se sedentariser un peu apres cette descente jusqu'alors quotidienne vers le sud... J'ai installe mes quartiers dans une "albergue" - Las Salamandras - perdue dans les bois, a 2 km de la ville. C'est rustique et chaleureux : construction en rondins de bois et chauffage...au bois. Le chaton affectueux de la maison m'a adopte et, a ma grande surprise - je suis connu pour ne pas être fan des chats ! - j'ai fait de même : les longues soirees studieuses pres du fourneau avec le chat sur les genoux qui ronronne plus fort que le ronflement du feu > j'ai connu pire situation...!


Sinon, ma recherche continue et j'ai deja quelques pistes :

- Un medecin / ecrivain / historien qui connait la region comme sa poche et qui m'a egalement prête quelques bouquins sur les champs de glace Nord et Sud, dernieres grandes reserves naturelles d'eau douce de la Planete.


- Le journal local - El Divisadero, qui tient son nom de la montagne qui entoure Coyhaique - qui publie depuis des annees des chroniques sur les familles de pionniers de la region : autant dire une mine de renseignements et je risque de passer des heures le nez dans les archives pour trouver ce que je cherche. Un travail de fourmi passionant, qui me permet de m'immerger completement dans l'Histoire locale.


- La grand-mere de la secretaire de redaction du journal a 110 ans et habite la region de Coyhaique depuis presque toujours : une memoire vivante que je vais me faire un plaisir de rencontrer cette fin de semaine...Peut-être un personnage pour le film.


- Toujours dans la thematique de l'eau - apres les Hielo Patagonicos - une association, "Aysen, reserva de vida", milite ici depuis bientôt 10 ans contre la construction de 4 centrales hydroelectriques qui seraient un desastre ecologique et humain, pour fournir une energie moins chere a la zone urbaine de Santiago a...2000 km d'ici.

La thematique de l'eau fera l'objet de 2 articles distincts sur le Voyazine de Voyages-sncf.com (j'ai vu aujourd'hui que mes chroniques etaient annoncees, mais pas encore en ligne : ça ne devrait plus tarder).

Enfin, j'ai appris que Sego changeait de veste tous les jours (parce qu'elles sont blanches peut-être ?) : moi je change de tee-shirt tous les jours egalement mais je n'en ai que 2... Heureusement que personne ne me voit.











27 novembre 2006

Le temps passe vite, c'est plutôt bon signe. La journee de dimanche, pleine, riche et satisfaisante a beaucoups de points de vue, est quelque peu entachee aujourd'hui lundi : suite a un accident d'avion dans une colline proche de Coyhaique, 4 journalistes ont trouve la mort. Le pilote etait de Coyhaique, tres connu ici et repute pour son experience... Inevitablement cet accident me touche : je suis ici depuis 1 semaine, parlant a tout le monde pour trouver des contacts, et Chuss, la "patronne" de Las Salamandras ou je loge est une amie proche de Willy, le pilote. Elle est a son enterrement ce matin.

Mais trêve de gamberge, revenons a cette fameuse journee dominicale... Leve a 6h car j'ai rendez-vous avec Juan Pablo, "pilote" d'un bac sur le Rio Blanco, non loin de Puerto Aysen, a quelques 70 km de Coyhaique. Juan Pablo, je l'ai rencontre la veille : j'avais passe mon samedi a silloner la campagne aux alentours de Puerto Chacabuco, a la recherche d'un sujet, d'un personnage, voire les deux... Comme le temps ce jour la, ma recherche est mitigee et la fin de journee approche sans que j'ai reellement trouve ce que je cherche (un jardinier avec une tête de Charles Chaplin, dans un parc naturel, disparait sans laisser de traces...). Avant de rentrer bredouille a Coyhaique, j'emprunte une piste qui longe le Rio Blanco et promet de me mener jusqu'au lac Riesco, a 20 km, soit environ 1h pour y aller. Il est 16h30, j'ai le temps. Apres 1/2h de piste, je tombe sur Juan Pablo et son bac : la journee est sauvee ! On discute un moment et naturellement, en bon chilien, le passeur ne se devoile pas trop. Mais il sent mon interêt certain pour son outil de travail et accepte de se laisser filmer. Il est maintenant pres de 17h15, le service se termine a 17h30 : rendez-vous est donc pris pour le lendemain dimanche, 8h30 (debut du service). J'arrive le premier (pour verifier la ponctualite des services publiques chiliens bien sûr !) et JP est en retard. J'en profite pour savourer le moment : le ciel est limpide, seuls les chants des oiseaux et le clapotis du courrant de la riviere troublent un silence religieux (on est dimanche, ne l'oublions pas). Je repere les lieux, inspecte la "balsa" pour voire ce que je pourrais "en faire" : c'est une mine a images ce bac ! La lumiere douce et rasante du matin est parfaite pour faire ressortir les peintures rouges et blanches defraîchies, l'armature en bois et les ferrailles rouillees. Le chien du coin, qui me connaît super bien puisque l'on s'est deja vu la veille, me suis a la trace comme si, en l'absence du maître des lieux, j'etais autorise a regarder mais certainement pas a toucher. JP arrive presque en même temps que le premier client : je filme alors le premier passage de ce dimanche 26 novembre dans un etat de plenitude palpable... qu'est-ce qui cloche en ce debut de journee ? RIEN, TOUT EST PARFAIT !




Je passe 6h avec JP, sur son bac. Il me parle plutôt bien de son travail, mais sans passion particuliere. Côte vie personnelle, il elude vite mes questions et je n'insiste pas. La sequence aura son interêt par l'ambiance de serenite qui se degage de ce lieu de conection, de passage : même si JP ne peut l'exprimer par la parole, c'est son activite qui l'exprime. Comme cette sequence ou je filme le bac - depuis la rive droite - qui arrive sur l'autre rive, charge d'un petit camion : peu de dialogue entre les "passes" et le "passeur", mais quelque chose de simple et quotidien, agremente d'un petit plus aujourd'hui (je capte cette conversation grâce au micro HF que JP porte sur lui et que personne n'a vu) :


- JP : "quelle chaleur aujourd'hui, non ?"

- L'homme (a l'exterieur de la cabine du camion) : "oui, quel temps suberbe..."

- La femme (restee dans le camion, criant) : "qui c'est ce gringo qui filme ?"

- JP (fier) : "Aaaah, il vient de l'etranger parce qu'il s'interresse a ma balsa, il est français..."

- Le couple : (silence)




La balsa de Juan Pablo



Je quitte le lieu vers 14h, traversant la riviere avec le bac, pour rejoindre le lac qui etait mon objectif de la veille, ne l'oublions pas. En plus, je sent que cette piste recele encore de belles surprises. Je n'ai que 8 km a faire pour rejoindre le lac mais ça me prend pres d'1/2h : certaines côtes ont un pourcentage non autorise par les manuels du code de la route, des virages serres et un sol affecte d'une sorte de minivague qui fait tanguer l'equipage de haut en bas et vice-versa. Ça se negocie en premiere et avec beaucoup d'humilite. La piste s'arrête la ou le lac commence : par une petite plage de sable noir et un calme encore plus profond (est-ce possible ?) que la "balsa zone". Je me dit : "mon petit gars, voici un bien bel endroit pour finir ton dimanche apres-midi et oublie que, une fois de plus a cause de ce maudit voyage, tu vas rater Stade 2"


Alfredo m'observait a la jumelle depuis 1 bon 1/4h, depuis la cuisine de sa maisonnette cachee par des arbres sur l'autre rive du lac, quand il se decida a monter dans sa barque pour me rejoindre et voir depuis plus pres a quoi ressemblait ce gringo tombe de cheval mecanique. C'est seulement a ce moment que je comprend que cette maison n'a qu'un acces : par le lac (soit 100 m de coupure supplementaire - apres le bac - entre le monde rural et le monde ultra-rural).


Alfredo (environ 60 ans, moustache, beret chilien visse jusqu'aux oreilles, survêt' fiche dans des bottes en caoutchouc et pull tricote mains qui s'arrete au dessus du nombril > seul detail vestimentaire branche du bonhomme). On parle de tout et de rien (c'est quand même lui qui m'apprend la nouvelle du crash de samedi, comme quoi on peut vivre sans eau courante ni electricite, ni Stade 2 et se tenir informe). La communication est difficile, hesitante : nos accents respectifs prennent une ampleur considerable dans ce genre d'endroit. Je le comprend suffisamment pour accepter son invitation, apres 1h de considerations meteorologiques et pedigree detaille de Paloma : je vais traverser le lac dans sa barque et prendre le mate (infusion amere "qui donne plein de force" comme dit Alfredo) dans sa cuisine avec sa femme, Rosa.


Je fais le mariolle en ecrivant tout ça, mais je suis reellement touche par cette rencontre : la cuisine surchauffee, les plafonds bas, le chien de berger, les 2 chats (dont un qui a un oeil qui n'est plus dans son orbite, t'as vu Alfredo ? Rosa ? ah il va s'en remettre, bueno) et surtout la vieille gaziniere a bois sur laquelle trônent en permanence deux bouilloires : je suis dans la cuisine de mes grands-parents paternels, ou, comme ici, les discussions avaient lieu dans la cuisine, autour de la table et d'un verre de tisane, de cidre ou de toute autre boisson fabriquee avec les fruits ou plantes envirronants. Rosa, Alfredo et moi-même ne sommes pas de grands bavards : on se rejoint sur ce point et nos silences ne sont pas embarrasses. On profite chacun de la presence de quelqu'un qui a une vie situee aux antipodes de celle de l'autre.


Côte film, je n'ai pas assure et je me mettrais des claques : je suis parti le matin en me demandant si je devais prendre une k7 supplementaire aux 2 deja prevues... la reponse est : oui. Je filme un peu la traversee et je vois qu'il ne reste que 5' de bande quand je cadre Alfredo et sa gaziniere dans la lumiere du soir : je pense alors qu'il va y avoir de la frustration dans l'air. Evidemment ça coupe trop tôt, au mauvais moment. Mais il est decide que cette journee serait belle jusqu'au bout : Alfredo et Rosa me demandent de revenir puisque j'aime leur maison. Je retournerais donc chez eux, dans la petite maison au bord du lac (j'ai juste remplace "prairie" par "lac" vous avez vu ?) pour deguster un asado. Ce sera un autre dimanche pleins de promesses...




4 decembre 2006


En attendant de retourner voir Rosa et Alfredo (j'ai envie de les revoir et j'ai trop peu d'image et de paroles pour faire une sequence), j'ai continue mes "rondes" dans la region de Coyhaique > a 20 km de la ville, les gens peuvent vivrent de façon tres isolee. C'est sur une de ces pistes que je croise Cesar, son cheval Oscuro ("Sombre") et son chien Coral. On est samedi, Cesar travaille comme gaucho dans une estancia a quelques kilometres de la. La semaine, il est en pension a l'ecole d'agriculture de Coyhaique. Cesar a de l'allure : beret chilien, jambieres en peau de mouton et des mains deja marquees par le travail. Je l'ai revu hier a l'estancia : avec 4 autres jeunes gauchos, il vit dans une petite maison sur la propriete. Au programme : un dimanche apres-midi devant la tele... J'essaie d'orienter la conversation sur leur metier mais la concurence est rude : on regarde alors l'emission "24 horas" qui m'apprend que Pinochet fête je ne sais quoi (son anniversaire ?) avec tous ses amis... Je sens la deprime me tomber dessus plus vite que prevu : je dois me tailler d'ici dare dare si je ne veux pas que mon dimanche se transforme en interminable attente du lundi. Je donne rendez-vous a Cesar dans son ecole pour la semaine qui vient : mais je ne sais pas encore si son personnage peut integrer le film... peut-être un module pour le site sncf ou un article. A propos de ce site : tout le monde me demande quand les articles seront publies... je n'en sais pas plus que vous, j'envoie des textes et des photos mais je n'ai aucun retour de leur part.


Plus le temps passe, plus je me rend compte que mon itineraire initial sera intenable : j'ai deja rendez-vous fin mars avec un pionnier français arrive dans la region Aysen en 1948. Mais même s'il a une maison a Coyhaique (ou je l'ai rencontre) il n'y vit pas : sa residence principale est une grande estancia a 400 km au Nord-Est de Coyhaique, ou je suis deja passe... Vu que c'est un personnage vraiment interressant pour le film, il faudra que je retourne le filmer chez lui, au milieu de ses souvenirs (photos, documents divers > il parait que sa maison est un vrai musee). C'est un personnage etrange et qui inspire une forme de respect force : on sent l'homme habitue a diriger, inflexible sur ses opinions politiques et qui ne semble pas admettre la contradiction, quel que soit le sujet. Je ravale donc mes convictions quant il descend en fleche Allende ou les ecolos locaux et me dis qu'il reprensente aussi l'esprit de la Patagonie, donc a ne pas ecarter : ses souvenirs precis, a 85 ans, de son installation dans une zone qui ressemblait au far west, sont precieux malgre tout.

Bon, sinon la vie s'ecoule "tranquila" : je prends mes habitudes ici (trop) et regarde defiler les voyageurs a Las Salamandras... Ils arrivent, ils repartent, moi je reste ! Mais le 11 ou 12 decembre prochain, c'est une voyageuse un peu particuliere qui va debarquer : elle ne repartira pas sans moi ! (pas tout de suite en tout cas...).



6 decembre 2006

La journee "reperages" d'hier a laisse des traces : Paloma montre son premier signe de faiblesse via l'amortisseur avant qui laisse echapper un peu d'huile. Pas tres grave pour le moment, je sais que le probleme doit être resolu pour pouvoir continuer. J'attends confirmation des specialistes du monde entier qui se penchent en ce moment sur le sujet, mais je crains qu'il ne faille changer toute la fourche (une belle piece ma foi), ce qui risque de me coûter du temps (j'en ai plein) et de l'argent (j'en ai moins). Je suis sûr que, du fond de son garage parisien, Mickael rit sous cape du premier bobo de cette allemande reputee si forte. Lui, les allemandes, ça le connais : une Audi parisienne pourrait le surnomer "Mickael l'eventreur" (de pneu).

Pour continuer dans les petites contrarietes, un groupe de danois a debarque avant-hier a Las Salamandras : 24 personnes dans une sorte de camion "aventure"... Autant dire qu'ils n'ont pas cherche a s'adapter a l'ambiance du lieu (plutôt tranquille, chacun respectant les lieux communs, etc...) et qu'ils ont eu tôt fait d'inverstir les espaces : la (petite) cuisine s'est transformee en champs de bataille sous les ordres d'un cuistot bolivien bien desole de nous imposer cette presence si peu discrete. Côte salle maintenant : il parait que les danois sont des gens assez reserves et calmes. Mais il ne faut pas leur donner a boire (même avant minuit) : car alors ils deviennent bruyants, et assez insupportables de maniere generale (une sorte de Grimlins du nord quoi). Ce soir-la, les organisateurs n'ont pas ete assez vigilants : les danois (attention, la nationalite importe peu : seul "l'esprit de groupe", qui donne de l'assurance aux individus en toute occasion, compte ici) ont chippe des briques de vin dans les malles... Pas d'effets secondaires physiques visibles (c'est juste moi qui suit devenu vert) mais un joli chambard tout de même. Seul "non-appartenant-au-groupe" ce soir-la, je n'avais plus le choix : apres un frugal repas (a l'exterieur, le volume sonore de la piece commune depassait ce que j'avais envie de supporter), je me suis refugie, tel le "chat de la maison" qui craint les nouveaux arrivants envahissants, dans ma chambre et dans un excellent polar (trouve ici par hasard : "Ville noire, ville blanche" de Richard Price).

Des le lendemain, le troupeau, gueules post-orgiaques de rigueur, quitte le site comme s'il n'y avait plus rien a brouter ici, et s'en va voir d'autres horizons dans son camion 4x4, taille pour l'aventure securisee et bien assistee. Petri de remords, le tres sympathique cuistot bolivien (le seul avec qui j'ai pu parler finallement) me laisse des oeufs, du pain, de l'huile d'olive, du piment en poudre et des citrons verts comme pour excuser les excentricites d'un groupe qu'il doit se fader, lui, tout les jours pendant 3 semaines. Une sorte de cuisinier de l'extrtême en quelque sorte...





9 decembre 2006




Week-end frustrant et contrariant : je devais être dans une estancia situee a 1h30 de piste de Coyhaique, dans la montagne. Mais Alejandro a repousse le rendez-vous a mardi prochain. J'etais plutôt content a l'idee de quitter Coyhaique pour 2 jours, filmer les condors, la señalada (marquage et castrage, avec les dents svp, des moutons) et m'entretenir avec le pere d'Alejandro, qui fut l'un des pionniers de cette region lorsqu'il a construit sa ferme dans les annees 50. Du coup je dois changer mes plans et le temps ne m'aide pas a prendre une decision (ou plutôt si : il semble me dire "reste au lit, reste au lit"). Je vais peut-être retourner voir Alfredo et Rosa et s'ils sont la, passer le dimanche avec eux. J'hesite quand même : j'y suis alle hier mais le bac de Juan Pablo ne fonctionnais pas (jour ferie dedie a l'une des nombreuses vierges celebrees dans le pays). Donc je n'ai pas pu traverser la riviere et rejoindre le lac Portales. 140 km pour rien ou presque. Avec le vent de face a l'aller, c'est les 3/4 du plein d'essence qui y passe.



Un rayon de soleil traverse timidement la piece tandis que les rafales de vent et de pluie redoublent : j'y vais ou j'y vais pas ? Mais le temps change si vite que je peux m'imaginer sous le soleil dans 2h chez Rosa et Alfredo (mais ça peut-être dans la brume aussi, c'est joli la brume...).




Les nouvelles du gaucho de Las Salamandras : un nouveau troupeau est arrive hier. Des belles bêtes, jeunes et vigoureuses, en provenance des States. Plus nombreuses egalement : j'evalue le cheptel a 35 têtes (difficile de compter : elles bougent sans arrêt). Apres 3 mois de transumance dans les Andes, c'est l'heure du retour a la ferme US et ça se fête : sympas (vraiment, c'est vrai), ils s'excusent a l'avance du bruit qu'ils sont suceptibles de faire. Cool, parce qu'a 4h du matin, les 10 jeunes veaux imbibes de Budweiser (je me demande ou ils l'ont trouve d'ailleurs) qui tentent de faire durer le plaisir, deviennent un peu lourds.



Je ne peux même pas me rabattre sur une rencontre avec une famille belge dont les grands-parents sont arrives ici en 49 : le mari est bloque a Santiago et c'est lui qui peut me parler de l'histoire de la brasserie construite ici... Ils font une biere excellente d'ailleurs (bien meilleure que la Budweiser).






Avec l'arrivee de Laure lundi 11/12, Paloma reçoit sa piece de rechange. Je n'aurais plus qu'a aller voire mon mecano local, Santiago (cheveux gris, queue de cheval...un personnage), pour regler cette affaire et continuer vers le sud dans quelques jours.





Bon, allez, cette fois j'y vais, pluie ou pas pluie.
















18 decembre 06




Apres quelques jours d'absence, c'est assez drole de lire cette derniere phrase (ci-dessus) : depuis que Laure est arrivee, le temps s'est mechament degrade et on se tape de la pluie froide toute la journee depuis 3 ou 4 jours d'affilee... et Rosa et Alfredo n'etaient pas chez eux ce jour la..


Paloma a recu sa piece de rechange. J'ai finallement fais le boulot moi-meme, dans le garage de Santiago qui m'a gentiment prete ses outils et donne de l'aide dans les moments delicats de "l'operation".

Le sejour a l'estancia de Pablo Galilea s'est bien passe, entre l'observation des condors depuis une falaise granitique dans la Vallee de la Lune le matin a l'aube et la traditionnelle señalada qui consiste, une fois par an, a marquer et castrer les moutons du cheptel (environ 10 000 tetes pour cette acienda). Comme on me l'avais dit, le gaucho charge de "prelever" les testicules de l'animal le fait avec les dents pour eviter tout contact des mains sales avec la plaie. Tout se fait tres rapidement et le mouton semble ne pas trop souffrir...en apparence. Un rituel un peu dur a avaler pour les europeens urbains que nous sommes. En parlant d'avaler, devinez ce que le maitre des lieux nous a cuisine pour le dejeuner ? He si ! avec de l'ail et du piment, faire revenir a la poele sur la cuisiniere a bois > il faut reconnaitre que c'est un regal mais c'etait mieux de gouter AVANT la seance de l'apres-midi. Il y aura un article la-dessus sur le Voyazine Sncf en janvier.

















Sinon nous avons tente un treck de 3 jours dans une reserve nationale : a la fin du premier jour, on a du rebrousser chemin, trempes, congeles > 9h de marche dans des paysages qui devaient etre sublimes mais dans les nuages et sous une pluie battante et glaciale on voyait pas bien... Retour avec la moto sur Coyhaique pas mieux : il pleuvait toujours, avec meme un p'tit coup de neige pour passer un col. Hier on a du annuler notre visite chez Rosa et Alfredo pour les memes raisons. Du coup le dimanche sous la flotte etait plutot morose, voire deprimant. Si le temps le permet, on va essayer de partir demain vers le sud, en direction du lac Carrera et de Chile Chico, la ou le temps est plus clement parait-il.
















23 decembre 2006





Le lac Carrera









...et c'est vrai : Chile Chico, nous retrouvons enfin le soleil, Laure, Paloma et moi. Apres 5 jours de flotte quasi ininterrompue, je peux vous dire qu'on l'apprecie a sa juste valeur. Ceci dit on a continue a faire comme si de rien n'etait : a 55 km de Puerto Tranquilo, nous sommes alle rejoindre la Baie des Explorateurs, d'ou l'on peut voir le glacier du même nom et meme marcher dessus (avec des bons crampons metalliques, c'est mieux). L'ambiance nuageuse et pluvieuse du lieu donnait même un côte mysterieux a ce glacier long de 15 km, avec une epaisseur par endroit de 300 m. Mais au bout de 5h de marche (a côte et sur la glace), et quand la pluie froide a atteind l'ultime source de chaleur du corps (je vous laisse deviner), l'ermerveillement fait place, d'un seul coup, a une certaine lassitude, puis un ras-le-bol certain quand les premiers tremblements de froid apparraissent. On se retrouve le soir avec Sergio, un cycliste catalan solitaire qui fait la même route que nous depuis Coyhaique, autour d'une cuisiniere a bois pour tenter de se rechauffer et de secher. En bon espagnol, Sergio commence a souffrir aussi du manque de soleil : des qu'un rayon apparait, il arrete toute forme d'activite pour se mettre en "position de recepion maximale" ! Son equipage a de la gueule : VTT + petite remorque. Sur les mêmes etapes que nous, il met seulement 2 a 3h de plus, les pieds emballes dans des sacs plastiques pour les proteger de la pluie. Il accumule chaque annee tous ses jours de conge pour se "payer" ce genre de vacances.







Le long du lac Carrera, le temps s'ameliore le temps d'une demi-journee : impossible de resister a un "pan con queso" au soleil, avec un panorama "sympa" > eaux bleues profond ou turquoises du lac + cîmes ennneigees de la Cordillere en arriere-plan. Encourages par cette meteo revolutionnaire, on decide de pousser jusqu'a Puerto Bertrand, un detour pour voir le lieu de naissance du rio Baker, un fleuve qui est en passe d'être sacrifie pour la construction de mega-centrales electriques (cf articles detaillés dans Globbe-trotters magazine). Le site est effectivement superbe, d'un calme olympien... et pour cause : ça fait 2 mois qu'il pleut sans arrêt ici, même les habitants du village (15 familles en hiver) semblent prêts a vouloir partir. Alors les rares touristes... Ici on commence a ressentir un reel isolement : les ravitaillements en nourriture et en essence dependent maintenant de "pueblos" perdus au milieu de nulle part, ou les camions de vivres arrivent difficilement. Sergio, lui, il arrive partout : on le retrouve a nouveau alors qu'on avait deja effectue le rituel du "on s'embrasse-suerte-que te vayas bien-une tape dans le dos" a Puerto Tranquilo. Vu qu'il se remet a pleuvoir, on dîne ensemble une derniere fois (demain c'est sûr nos chemins sont differents > il file vers le sud, vers Villa O'Higgins). En plus c'est pratique de dîner a 3 : on est sûr de finir la bouteille de vin sans être gris pour autant. Alors qu'a 2, c'est l'eternel dilemme : "y reste une goutte, on la finis non ?"




Pluie battante le lendemain matin, impossible de trouver le courage pour partir. Même Sergio, la mort dans l'âme, accepte la proposition du proprio de la maison : se faire emmener jusqu'a Cochrane (a 55 km) en 4x4. Vers 12h30, les nuages gris qui rasent les toits des cabañas laissent enfin apparaitre des bouts de ciel bleu : c'est la panique au village, on se precipite sur les affaires deballees au large (j'avais même sorti la camera pour faire une sequence "pluie" tres reussie > j'avais l'element a disposition pour 4 bonnes heures au moins) pour faire le paquetage et fuir vers Chile Chico, le "soleil de la region Aysen".




Depuis que Laure m'a rejoint pour un mois, notre equipage a pris du poid (pas a cause d'elle, mais de son gros sac bien sûr) : on frôle donc le seuil des 450 kg (encore plus mouilles > donc la plupart du temps en ce moment). Paloma supporte bien le changement, moi aussi quand la piste est "sociable". Hier, elle ne l'etait pas. Notre petite etape prevue (150 km) s'est transforme en parcours du combattant, la piste cumulant tous les dangers vus jusqu'a present : un paysage d'une beaute diabolique qui vous accroche le regard pour ne plus vous le rendre, alors que toute la concentration disponible doit être devolue aux trous, aux côtes de 30% (de parfois 500 m, tout en 1ere > ça finit par chauffer côter Paloma) avec virages en epingle et sol en "tôle ondulee" au sommet, ce qui deporte l'equipage vers le precipice de parfois 200 m sur le lac (non protege of course). La vue est superbe mais il est souvent impossible de s'arrêter : un camion fou peut surgir et passer sans ralentir, sûrement pas pour gagner le salaire de la peur en plus.








La peur on se la fait en bas d'une de ces côtes, difficiles a negocier et vraiment impressionnantes vues d'en bas : un camion dans la descente m'empeche d'attaquer l'ascension dans de bonnes conditions (bon placement, bon rapport de vitesse, etc). Au contraire, le camion occuppe tout l'espace, le chauffeur (j'ai le temps de voir ça, c'est etrange avec le recul) souriant même en nous regardant (sûrement heureux de voir de pres une des rares motos visibles dans cette region) et ralentissant encore (pour avoir le temps de bien voir je suppose) alors que je ne demande qu'une chose : qu'il me laisse de l'espace pour passer por favor ! Je suis alors oblige de mettre Paloma sur le bord de la route, la ou le gravier est bien epais, ideal pour planter un equipage comme le notre. Mais je ne peux pas m'arrêter (surtout pas) donc je remet les gaz en frôlant le bahut : Paloma est d'accord mais elle se met quand même de travers, en route vers la gamelle... Un coup de guibole instinctif avec encore plus de gaz la remet finallement droite et on fonce vers le sommet de la côte, les oreilles bientôt bouchees par le denivele important (ça va, je plaisante...!). J'ai les mains qui tremblent un peu donc on s'arrete pour faire une pause : je crois que Laure ne realise pas trop ce qui s'est passe, me demande seulement si ça va, sans le ton de frayeur qu'elle utilise generallement dans ces situations. On met 4h pour atteindre Chile Chico. On comprend alors qu'on a emprunte, par erreur, "la route des nuages" ou "Paso de las llaves" (le "Passage des cles") : en lisant une carte et un guide 2 jours avant, les commentaires sur l'etat de cette petite merveille de l'equipement chilien nous avait, pour cette fois, unanimement mis d'accord : hors de question de passer par ce coupe-gorge ! Mais l'arrivee a Chile Chico sous le soleil est une belle recompense : ce qu'on a vu et fait aujourd'hui ne se reproduira pas de sitôt, autant en être tres heureux... et ce soir, on finit la bouteille !








La question du jour : passe-t-on Noel en famille ou seuls ? ...heu, je veux dire, au Chili ou en Argentine ?







Bonnes fêtes a toutes et a tous ! (je pensais vous offrir quelques photos en cadeau mais les connexions sont tellement lentes ici que je n'arrive pas a les telecharger. Peut-être depuis l'Argentine...





Ushuaia, le 28 decembre 2006




Nous sommes (enfin) arrive dans la "ville la plus australe du monde" : pas de danger qu'on puisse l'oublier, ce slogan est placarde a tous les coins de rue, sur les serviettes au restaurant... les argentins d'Ushuaia sentiraient-ils la "poussee" de Puerto Williams, qui est reellement la ville la plus australe du monde, mais côte chilien ? Une petite bagarre de plus entre les 2 pays pour un titre finallement peu important si ce n'est pour l'utiliser a des fins touristiques...



























Canal de Beagle



Les (longues) journees de moto se sont enchainees depus Chile Chico et la traversee de l'Argentine pour rejoindre la côte Atlantique puis descendre vers la Terre de Feu fut quelque peu fastidieuse : vent dans le dos les 450 premiers km, lateral ou 3/4 face les 800 derniers > les pneus ne s'usent que d'un côte, mais les nerfs et le physique, c'est a 100%. Dans cette zone oubliee de l'Argentine, nous passons un soir par la petite ville de Las Hieras ou nous pensions nous arrêter pour devorer quelque chose et reprendre une position completement verticale dans un premier temps, totalement horizontale dans un 2eme temps (marre de l'oblique). Mais ce que nous savions pas (les cartes ne donnent pas ce genre de renseignements) c'est que la bourgade est dans une zone petrolifere... On y arrive en fin de journee, sous un ciel noir d'encre. Dans l'immensite de la pampa, les pompes a petrole jouent aux shadocks inlassablement, d'un lent mouvement qui pourrait bien être perpetuel s'il ne s'agissait de petrole... La "ville" : des cabanes coincees entre des cuves de petrole, des grillages et barbeles partout qui retiennent les detritus de plusieurs generations, pousses la par un vent que je me refuse a decrire ici une fois de plus. Avec la fatigue, on accuse le coup : qui peut avoir envie de dormir dans une ville pareille a part les malheureux qui sont obliges d'y vivre ? On y fait le plein (d'essence tiens) et on se taille vite fait > prochain lieu habite a 80 km. On souhaite seulement qu'il n'y aie pas de gisements de gaz naturel a cet endroit...




C'est aussi dans ce coin que l'on emprunte une piste de 60 km sans un seul virage, sans le moindre embryon de courbe : pour faire passer le temps, je compte les pilônes electriques sur le bas-côte, puis les moutons quand je peux en appercevoir dans cette gigantesque poêle a frire qu'est la pampa...








Une surprise à la frontière : on y arrive en même temps qu'un camping-car 4x4 immatriculé en France... Au moment de remplir les formulaires des douanes je reconnais le propriétaire : c'est Philippe, le contact de l'association ABM en Franche-Comté, que j'avais rencontré au bureau parisien lors d'une de ses permanences. Il m'avait alors dit qu'il préparait depuis 10 ans un voyage avec sa compagne et ses 2 enfants et que l'on se croiserait peut-être alors dans les environs d'Ushuaia. Voilà qui est fait. On se retrouvera plus tard à l'entrée de Rio Grande oú ils nous donnerons un coup de main lors de notre première crevaison. Une rencontre chaleureuse qui laisse rêveur : Philippe et sa petite famille sont parti pour au moins 3 ans de voyage après une longue préparation logistique et psychologique du côté de Besançon. Ce type de petit camion étant extrêmement difficile à trouver, nous avons d'ores et déjà mis une option d'achat sur le leur : nous avons maintenant quelques années devant nous pour nous préparer de notre côté (quelques détails à régler : trouver de l'argent, faire des enfants...) en attendant le retour de NOTRE camion !!!







Le passage en Terre de Feu est magique : un bac nous fait traverser le detroit de Magellan en 1/4 d'heure et on se retrouve de l'autre côte, dans un paysage de tourbieres et de lagunes a perte de vue. Le soleil du crepuscule est de la partie et on se pose en bord de piste une bonne demi-heure pour savourer un GRAND moment de calme et de beaute > dans notre champ de vision : une lagune peuplee de flamands roses et de cygnes a col noir, 2 ou 3 guanacos aux alentours qui nous manifestent leur mecontentement par des henissements etranges. C'est d'ailleurs le SEUL bruit audible (et encore, seulement par intermitence ).



le détroit de Magellan est calme en apparence



C'est juste apres ce Paradis que Paloma fait des siennes : je la sentais onduler langoureusement du train arriere depuis quelques minutes mais je continuais a me persuader que c'etait la forme des cailloux de la piste qui avaient change et que du coup peut-être le comportement de la moto pouvait être modifie ou... non, pas la peine de biaiser, le pneu arriere manque d'air, et pas qu'un p(n)eu. A vouloir l'user jusqu'au bout, il s'est coupe sur 2 cm et l'air s'enfuit doucement dans un petit sifflement cruel. On est au milieu de nulle part (c'est ça qui etait magique 1/2 h auparavant) et le pueblo suivant (frontiere chilienne) est a + de 70 km... Soit on dort la en regardant le caoutchouc s'applatir, soit on tente de repartir, mais separes, pour alleger Paloma. De sympathiques camioneurs argentins embarquent Laure dans leur bahut et je repart seul. On se retrouve a la frontiere a la tombee de la nuit (vers 22h sous cette latitude) ou je tente de colmater la breche, sans grand espoir. Effectivement, le lendemain, apres avoir reinjecte de l'air dans le pneu, il est a nouveau a plat 5 mn apres. Je dois absolument rejoindre la prochaine ville, Rio Grande, ou je pourrai trouver un nouveau pneu > 80 km a faire avec une Paloma etonnament stable malgre le Tubeless qui n'a plus la forme d'un tube depuis belle-lurette maintenant. Le trajet se fait sans encombre, me procurant seulement de petites crampes aux fesses a force de les avoir serrees pendant plus d'une heure.



Alors Ushuaia merite-t-elle le detour, ou n'est-ce qu'un mirage touristique, un produit marketing de plus ? Non, la ville a reellement quelque chose de particulier et meme une certaine forme de beaute, avec sa lumiere australe changeante et sa baie evasee qui verse sur le canal de Beagle. On va même rester un jour de plus, et j'y reviendrai seul dans quelques semaines pour le film : il y a une petite estancia au bord du Beagle, a 2h de marche (elle est inaccessible en voiture) de la ville, qui me parait tres attirante...




Quelque part dans le Gers, une courageuse maman a donne naissance a un petit Martin, juste apres Noël. Encore un qui n'aura pas beaucoup de cadeaux pour son anniv', pobrecito... Remets-toi bien Juliette.















Punta Arenas, le 10 janvier 2007




Soltero de nuevo : Laure est repartie ce matin... Bon, j'avoue que c'est pas la grande forme morale mais j'ai pas mal de boulot en perspective, ce qui aidera a faire passer la pillule de ce depart, de cette absence. Comment ? C'est moi qui ai voulu faire ce voyage en solitaire ?!!!

Comme elle ne lit pas mon blog (elle "exige" des messages personalises !), je peux envoyer ici quelques fleurs a ma compañera : elle qui soutient ne pas être une "motarde", elle vient d'encaisser sans (trop) broncher un mois de circulation dans des conditions qu'elle n'aurait pas supporte en France ! Sac a dos de 8 kg en permanence sur les epaules, pluie, froid, vent, crevaisons + mes humeurs qui vont avec tout ça... Et les seules fois ou elle a fait la gueule (ben oui, c'est Laure quand même !), c'etait justifie ! Alors chapô Laurette...










Voilà ce qui arrive quand on me contrarie :

on se retrouve sur le bord de la route...














Tiens, prenons l'exemple de la seconde crevaison, au retour d'Ushuaia : c'est la fin de journee, il commence a faire froid et nous sommes a 100 km de Porvenir. C'est le triangle des bermudes de la crevaison : le pneu arriere donne des signes de faiblesse a 50 km a vol d'oiseau de la premiere "degonflade"... Mais cette fois, pas question de rouler comme ça : le pneu est vraiment a plat. J'essaie de reparer avec une meche (tiens, il se met a pleuvoir) : je regonfle avec une bombinette magique... 30 secondes plus tard, je suis de nouveau sur la jante (tiens, il pleut de plus en plus). C'est le moment ideal pour piquer une crise et vouloir balancer Paloma dans le decors (avec le recul, je suis content de ne pas l'avoir fait). Laure fait le dos rond et fume un clope (comment elle a pu l'allumer avec cette pluie froide qui redouble ?) en attendant que ça passe. La decision post-colere est de rejoindre une estancia a 2 km de la : on se charie tout le barda sous la pluie et on laisse Paloma au bord de la piste. Les proprietaires du lieu nous orientent poliment vers la maison des ouvriers : pas de probleme, l'accueil n'y est que plus chaleureux. Dans cette maison de bois, qui ne leur appartient pas, vivent Antonio, sa femme et son fils. Tous les trois sont au service du "maître", jour et nuit. Mais ce statut de "corveables", aux relents de servage moyenâgeux, ne leur a pas enleve leur sens de l'humour et une joie de vivre des plus simple. Antonio nous fait cuire du mouton sur la cuisiniere a bois et il parle, il parle, il parle... Il rit de ses propres blagues et c'est communicatif : on se sent vite tres bien dans cette cuisine du bout du monde. Même s'il est difficile a comprendre, je reçois 5/5 et de bonne guerre les moqueries du duo pere-fils quant a mon manque d'equipement pour reparer les crevaisons de Paloma : dans le coffre de la japonaise jaune et en ruine qui les vehiculent (jamais au-dela de Porvenir) on trouve de quoi colmater la breche du pneu des le lendemain. Carlos-Antonio, le fils, me donne un coup de main pour mettre la rustine a l'interieur du pneu. Tout ça l'amuse beaucoup et notre (petite) mesaventure (personne n'est jamais mort d'avoir dormis dans une bergerie qui a bien su garder l'odeur des moutons qui nous ont precedes) vient rompre sa routine et son isolement. En parlant avec lui, il me dit que la seule fois ou il a quitte la Terre de Feu, c'etait pour le service militaire. Son pere, lui, n'a jamais quitte sa maison depuis sa naissance... On a convenu que je revienne les voir debut fevrier : Carlos-Antonio veut m'emmener a la pêche.











Depuis Porvenir, on rejoint Punta Arenas en traversant le detroit de Magellan avec le ferry (2 a 4h en fonction de l'etat de la mer) : une famille de dauphins nous fait la fête pendant pres d'une 1/2 heure, on deguste. On passe Nouvel-An avec la famille de l'hospedaje dans lequel on se trouve : tous les magasins sont fermes, mais il y a de l'agneau pour tout le monde a "Los tres hermanos" ou Blanca, la maîtresse de maison, accueille les arrivants comme ses propres enfants.




Je passe une journee a faire tous les garages de la ville pour trouver une nouveau pneu : mission impossible. Donc je me rabat sur la solution de la chambre a air et fait reparer le tubeless par un pro : la reparation "estancia-style" le fait rigoler un bon 1/4 d'heure. Finallement, mes crevaisons, tout le monde en rit, sauf moi. Suis-je different ?








Le 1er janvier, tout est toujours ferme a Punta Arenas. Alors on va voir une colonie de pingouins a 50 km de la ville. Malgre le vent, ils tiennent debout et nous font passer un super moment : leurs allees-venues entre la mer et leur terriers sont cadencees par leur demarche clownesque, avec un air affaire vraiment tres drôle.


colonie de manchots à Punta Arenas





Le ferry qui devait emmener Laure de Puerto Natales a Puerto Montt est "fuera de servicio", coince dans un fjord du Pacifique par une panne mecanique. Cette deconvenue nous donne un rab de 4 jours (l'avion c'est plus rapide pour rejoindre Santiago) pour aller dans le parc Torres del Paine et y faire notre pelerinage : notre passage dans ce parc il y a 10 ans reste notre plus beau souvenir de notre tour du monde. Cette fois, nous y restons 5 jours pour y randonner en autonomie quasi complete. On profite alors au maximum du potentiel du parc : glaciers gigantesques, faune (tiens, un renard pendant le p'tit dej' !), forêt sylvestre... Mais une fois de plus, on repart avec l'envie de revenir le plus vite possible et plus longtemps : dans 10 ans, on fera le grand circuit, pendant 10 jours !


glacier Grey - Parc Torres del Paine





Pour rejoindre le parc, il faut passer par Puerto Natales : 250 km qui me permettent de remettre le couvert a propos du vent > cette fois, c'etait trop limite, Laure (terrorisee) a dû descendre de la moto des la sortie de Punta Arenas et faire du stop pour continuer. Au moment ou on prend cette decision, un motard bresilien s'arrête pour s'informer et propose qu'on (lui et moi) fasse la route ensemble, par precaution. C'est pire que tout ce qu'on a subit jusqu'a present et les rafales (j'apprendrais plus tard que les plus fortes atteignaient 150 km/h) qui nous ont boxé pendant 3 heures m'ont epuisé et mis sur les genoux. Combien de fois j'ai senti partir la moto vers le fossé, sans pouvoir faire quoi que ce soit pour la retenir ? Ce vent, c'est vraiment de la folie.








Un peu moins pour Jose, mon compagnon de route du jour : lui ce qui l'a choqué aujourd'hui, c'est de voir qu'un "chico frances" soit capable de laisser sa fiancée sur le bord de la route au premier coup de vent : "Moi, je fais ça à la mienne, elle me tue !". C'est toujours interressant de parler de differences culturelles entre motards, pendant que le vent fait voler les moutons...








Prochaine etape : Puerto Williams, a 36h de ferry au sud de Punta Arenas. Ma destination la plus australe > je pense a toi Yann-de-Dijon !














glacier des Explorateurs









Punta Arenas, le 13 janvier 2007




Vu que je viens de passer 6h sur ce PC pour envoyer mes textes et photos (30' en moyenne pour telecharger 6 photos > dommage que le vent patagon ne vienne pas souffler un peu d'NRJ dans les connexions locales), je peux bien consacrer quelques minutes a mon blog... En parlant du site Sncf, les articles et photos seront en ligne dès demain (normalement). Ce fut un dimanche ensoleillé et non venté (dommage d'être enfermé d'ailleurs) et je vais profiter de la lumière du soir pour aller filmer une épave de bateau le long du détroit de Magellan, à la sortie de la ville. Il est 18h, donc j'ai encore 3 bonnes heures devant moi pour charger Paloma du matos et y aller.










Mon moral a fait un bond sur son echelle et je retrouve avec plaisir mon envie d'être ici et de repartir au contact des gens. Le déblocage à eu lieu hier lors de ce que j'appelle mes séances de repérages : je met tout le matériel sur la moto et je pars au hasard des chemins et des rencontres pour la journée. J'adore ce sytème totalement imprévisible, qui peut tout aussi bien me faire rentrer bredouille et frusté le soir, comme me procurer le bonheur simple lié à la découverte d'un lieu ou la rencontre avec un personnage. Hier, en baguenaudant avec Paloma sur un chemin qui longe le détroit, je tombe sur une cabane en bois chiquitita > de la fumée sort du tuyau qui sert de cheminée, donc il y a de la vie à l'intérieur. Je m'arrête et je toc (2 x = toc-toc). Un grognement me parvient du fond de la cambuse : je le considère comme une invitation à entrer... Là, je tombe sur 2 lascars vautrés sur leurs paillasses (le service d'étage n'est pas passé depuis la colonisation apparement) en train de fumer en écoutant la radio (ou ce qu'il en sort : un crachin à peine audible). Je me présente rapidos et explique que je suis à la recherche de chercheurs d'or pour observer leur travail :










"No hay por aqui, tienes que buscar por el lado de la Tierra del Fuego !". C'est bien ce que je pensais en fait, les derniers sont de l'autre côté du détroit, dans les alentours de Porvenir ou à Puerto Williams, sur l'isle Navarino. Bon, je verrais donc ça la semaine prochaine. Pour l'instant, occupons-nous de ces deux-là qui me parraissent bien sympas.









Luis et Fernando sont respectivement retraités de la marine marchande et militaire. Ils sont copains comme guanacos et passent une grande partie de leur temps libre dans cette cabane, point de départ officiel de leurs parties de pêche. Les blagues commencent à fuser au milieu de la fumée (oui, j'ai oublié de dire que la fumée qui sort à l'extérieur n'est qu'un signe avant-coureur de celle qui RESTE à l'intérieur) et j'ai droit au café instantané (boisson nationale > je rêve d'un vrai petit noir !) + un sandwich à la salade de thon et oignon. Je me doute de la réponse, mais je joue au niais : "ah, mais c'est donc du thon que vous avez pêché ?".


Bé non, patate, c'est thon en boîte : plus simple et bien meilleur (tu parles !)






Como yo pobrecito...!







On attend encore que la marée monte un peu, en mangeant du thon (en boîte) et en fumant mes Lucky. Ça les amuse beaucoup que je m'interesse aux chercheurs d'or : qu'est-ce que je leur veux ?

"Je veux leur piquer leurs pépites", je dis.

Lá c'est l'explosion et les deux compères rient aux larmes sur leurs paillasses > la glace n'a jamais été aussi facile à briser et je passe un bon moment de rigolade avec mes copains du samedi (j'aurais jamais pu les trouver dans un salon de thé apres la messe ces 2 là). Du coup, dans cette cabane au bois patiné, construite par des colons suisses il y a cent ans quand même, oú la suie se confond si bien avec la crasse, je me sens totalement requinqué et guéris de mon petit blues passager. Et je ne prend ni photos ni ne filme : je garde ce petit cadeau Magellanique pour moi.






Bientôt 19h, c'est l'heure de la lumière idéale !













22h15, la nuit tombe au bout du monde
























Punta Arenas, le 29 janvier 2007


Retour du bout du monde : il est peu probable (à moins de trouver un "plan Antartique" sur un voilier, ce qui n'est pas si impossible que ça > lire la suite) que je descende plus au Sud de sitôt... Mais déjà l'île Navarino et Puerto Williams font partie des endroits que j'ai rangés dans la case "Y retourner sans faute" de mon disque dur perso.
Et y retourner vite, pas dans dix ans (car ça va changer, c'est sûr) : aller a Puerto Williams, c'est se plonger petit-à-petit (à condition d'y aller en ferry bien sûr) dans un univers à part, tout en quittant la zone "peuplée" de Punta Arenas. Ça commence par le voyage en lui-même : le "Bahia Azul" est un ferry en forme de barge (la cabine de pilotage est sur le côté) qui fut construit pour transborder des véhicules et quelques passagers sur un fleuve ou un lac, nada mas. Mais depuis son arrivée dans cette contrée de fous, cette pauv' bête de 300 tonnes d'acier se coltine 1200 km à travers les fjords pour rejoindre la (petite) ville la plus australe du monde et en revenir par le même chemin. On ne dort pas (ou peu) sur le Bahia Azul : les sièges en skaï s'inclinent à peine et les vibrations du monstre te font remonter les paupières comme le rideau metalique de l'épicier chaque matin.







Quand on ne dort pas sur un ferry-perdu-dans-le-noir-des-canaux-chiliens qu'est-ce qu'on fait ? On va papoter avec le pilote et le capitaine qui sont tout heureux que quelqu'un (un gringo surtout) s'intéresse à leur travail. Alors dans la cabine de pilotage, les heures s'écoulent plus vite (on fait du 15 km/h tout de même !) et en douceur : on reste dans le noir complet pour mieux voir les éventuels obstacles ("c'est un voilier ou un iceberg à tribord ?") et la cabine baigne dans la couleur verte du radar de bord. A 4h du mat' l'épicier commence à tirer fort sur le rideau mais je tiens bon : on approche d'Ushuaia et l'aube pointe son nez rouge > je ne peux pas manquer ça. Comme je commence vraiment à m'écrouler sur les boutons et autres écrans de contrôle, Carlos-le-pilote m'offre café sur café (mais le Nescafé-dégueu c'est connu, n'énerve pas grand monde sauf au moment où on doit l'avaler). On passe devant Ushuaia encore endormie comme dans un rêve : les eaux du canal de Beagle sont lisses comme un mirroir, une comète et sa queue gigantesque ont fait leur apparition au dessus de la Cordillère de Darwin et le jour se lève très lentement devant nous... Dans 3h on arrive à Puerto Williams et je me sens hors du monde, hors du temps : pendant près de 40h, le Bahia Azul m'a communiqué son rythme (éloge de la lenteur !) et son esprit > cette ligne n'est pas rentable pour la société qui la gère : sans les aides que lui accorde l'Etat chilien, les habitants de Puerto Williams et de l'île Navarino seraient totalement isolés du monde. Mais un jour, le Bahia Azul et son équipage sympa seront remplacés par un beau gros bateau qui va plus vite et qui emmène plus de touristes et dans des couchettes : alors les tarifs seront ceux de croisières (donc plutôt inaccessibles pour le commun des touriste de moins de 35 ans) et on aura plus le droit d'aller tchacher avec le capitaine dans la cabine de pilotage, à 3h du mat', en buvant le Nes-grimace de Carlos-le-pilote vraiment gentil-gentil.









Le Bahia Azul sur le Beagle











Au fait, j'ai, pendant ce trajet aller-retour, entammé de façon décidée les 1000 pages de l'Ulysse de Joyce : MÊME le capitaine du Bahia Azul était incapable de m'expliquer les passages que je ne comprenait pas ! Mais c'est l'occasion ou jamais de le lire, donc je vais tenir bon (d'autant plus que par moment, c'est un régal à lire > tout est dans le ryhtme, comme pour les bateaux).













Vieille barge à Puerto Williams


















Fin de la prenthèse j'arrive à Puerto Williams et qu'est-ce que je vois ? Pas grand chose à vrai dire : quelques baraques colorées très "austral style" et des navettes militaires (faut pas oublier que ce village à été construit par l'armée chilienne, au temps oú il était bon de montrer à son voisin argentin par toujours copain que l'occupation des territoires australs n'étaient pas paroles en l'air). Soyons honnête, Puerto Williams n'est pas franchement jolie mais elle à un petit charme qui donne envie de mettre pied à terre. Je débarque Paloma sous les regards étonnés (voire moqueurs) de quelques autochtones : l'île ne comporte que deux "routes" : la premiere part au Nord jusqu'à Puerto Navarino (60 km), la seconde au sud jusqu'à Caleta Eugenia (25 km). N'empêche que Paloma (qui a de nouveau un pb en passant : la pompe à essence qui siffle un air de mauvaise augure > mais comme j'ai le c. bordé de n. mes parents arrivent à Punta Arenas ce soir avec la pièce de rechange) me permet de faire les 2 trajets de long en large et être autonome sur l'île > un temps superbe me permet ainsi de faire mes premiers bivouacs en solo : un coin isolé au bord du Beagle, un ciel ensoleillé qui promet d'être étoilé, une herbe comme du gazon anglais (ideal pour planter la tente), une bonne partie de pasta-sauce-tomate-à-la-viande-hâchée et un feu de camp pour veiller et rêver sous la comète...

















Le camp au bord du Beagle















Des rencontres, oui, plein. C'est étonnant d'ailleurs : moins il y a de gens, plus on en voit (je me comprend)... Et ici ils sont rangés par catégories. Un : le village > environ 2000 habitants (civils et militaires cohabitent mais se mélangent peu). Deux : la Villa Ukika > sorte de quartier-réserve des derniers représentants des indiens Yamanas (nous y voilà me direz-vous... sauf que c'est triste une réserve et que la première fois que je rencontre Patricio, un habitant avec qui j'ai pu passer quelques heures en plusieurs épisodes, on est dimanche et il est tellement saoul que je m'en retourne dé-pité/primé). Le mercredi suivant, je retrouve Patricio devant sa maison, occupé à fendre du bois. Quand je lui demande s'il me reconnait, il hésite, me dit avec un regard souriant mais désolé que si on s'est rencontré le dimanche précédent, il ne s'en souviens pas :



"A veces tomo el domingo..." (il m'arrive de picoler le dimanche...)


Ce jour-là, je passe un bon moment avec Patricio qui finit par me chanter la Marseillaise, assis sur une bûche... Lorsque le français était encore une langue enseignée au Chili, le premier texte étudié était toujour l'hymne national. Patricio à retenu les paroles de cette chanson guerrière qui, pour lui, exprime clairement la défense d'un territoire, d'un peuple et d'une culture. Tout ce que ses descendants ont perdus au fil du temps...





Patricio, un mercredi, à Villa Ukika








Trois : le Mikalvi > port-bar légendaire qui à vu débarquer bon nombre de pionniers de l'Antartique (Karadec par exemple) et du Cap Horn (il semblerait que quelques fêtes de retour d'expédition furent plus houleuses que les expéditions en elles-mêmes). C'est là que je rencontre Gilles et son Morgane, futurs personnages du film : lui se définit comme un gitan de la mer et sa coéquipière du moment, Marion, à rebaptisé le voilier la "caravane à Mouloud" > on est effectivement loin (et c'est ce qui rend cet équipage si sympathique) du beau voilier blanc rutilant, fin et racé : ici on fait dans le bleu p(s)ale et le pont est encombré d'un fourbi impressionnant mais (in)utile : bouteilles vides (ben tiens, les pleines sont à l'intérieur, je le sais maintenant), pelle rouillée, chaussures, sismographes (je vous jure) bidons de toutes sorte et de toutes les couleurs... Gilles à une histoire (que ne vais pas raconter ici bien entendu), un caractère et une réflexion sur son style de vie qui en font pour l'instant un des personnages les plus intéressant du film mais aussi une belle rencontre à titre personel.


Détail technique : Mama y Papa déboulent à Punta Arenas ce soir à 23h30 > "sur la route encore" Yvette et Bernard ! Quelle santé ! N'oublions pas que eux aussi ont une mission : mon père doit repartir d'ici avec ses 9 peloches Super 8 en boîte....
















Le Beagle, face à Puerto Williams













Punta Arenas, le 6 février 2007

Bon, je devais repartir en Terre de Feu dès demain, mais j'ai encore 2 articles à tapper et envoyer, et j'ai pris un peu de retard dans mon planning : faire le tour-opérator pour Ma' & Pa' m'a pris un peu de temps ! Mais c'était vraiment sympa de les revoir ici et de les faire participer au film : entre 2 averses, on a pu travailler hier, le long du détroit de Magellan (images Super 8 et ITW) > à voir si tout ça va rester au montage final... Tiens, au fait : MON producteur-Laurent et MON monteur-Manu ont vu les premiers rushes (environ 8h) et sont consternés, abasourdis de tant de médiocrité... Nan, je plaisante, y sont content-contents (me demandent juste de ne plus chercher à filmer les moutons volants > trop difficile et déjà vu).








Jeudi donc je repars à la Tierra del Fuego : ça tombe bien, je ne supporte plus Punta Arenas. J'ai vraiment hâte de retrouver le calme de l'autre côté du détroit. Pour les gens de Punta Arenas, la Terre de Feu c'est le "campo", la campagne quoi : pas de magasins, peu de voitures et des gens pas toujours habillés avec goût. Moi je m'y sent bien et vais redonner une bonne couche d'odeur de mouton à mon saco de dormir (incroyable comme la plume ça absorbe les odeurs...et les garde).








Des nouvelles de Paloma ? Pas de problème : Paloma va bien. La greffe de sa nouvelle pompe à essence s'est bien passée et l'opération a duré 3h (en comptant 1/2h pendant laquelle Gonzalo, mon ami mécano du moment - à défaut d'avoir une femme dans chaque port, j'aurais un amimécano dans chaque bled - a dû s'absenter pour s'occupper des ses 2 garnements laissés sans surveillance par leur maman partie chez le coiffeur, ou un truc du genre... Dingue non ?).

Tiens, hier en travaillant (avec) mes parents le long du détroit, j'ai revus mes lascars-retraités de la narine narchande et nilitaire > contents de me voir y z'étaient et m'ont presque repproché d'être revenu sans une bouteille de Pisco dans les valoches. Luis et Fernando coupaient du bois pour allimenter le fumoir (rappelez-vous la cheminée de la cabane tournée vers l'intérieur). Vont finir en jambon de Magellan ces 2 là.

Je crois que j'y retournerai vraiment une 3 eme fois, juste pour rigoler (le Pisco ça aide bien).



Bon, il n'y avait rien de bien important ce soir (va savoir...) mais j'avais envie de communiquer : voilà qui est fait. Il est 20h55, allons donc voir si Ma' & Pa' ont un petit creux et l'envie soudaine et irrépressible de m'inviter au resto... (eux repartent dès demain comme des grands vers le Nord...).













Punta Arenas, le 17 février 2007

J'en compte des dizaines avec une blague récurrente (de la part de personnes qui ne se connaissent pas, étrange) : "Ton anniversaire, tu l'as fêté avec les pingouins ou les gauchos ?". Ni l'un, ni l'autre mes cher(e)s : un petit resto en solitaire à Porvenir pour savourer un steak de saumon frais gros comme ma cuisse, arrosé d'un Cabernet Sauvignon tinto. Seul client, la patronne me demande si un peu de musique me ferait plaisir. Je me retiens de dire "ça dépend laquelle" (je fais une overdose des tubes dégoulinants de romantisme guimauve dont les radios locales nous abreuvent toute la journée). En fait, il y a là quelques cd et je peux choisir : un vieux Police me tend les bras (incroyable non ?) et c'est aux vibrations de ce bon vieux "Regata de blanc" (en boucle) que je me replonge dans mes jeunes années, en alignant soigneusement de grandes arrêtes sur le bord de mon assiette... OUI j'ai 37 ans, NON je ne fais pas de bilan !

Merci à toutes et tous pour vos messages de "soutien" !











Bien, revenons à nos moutons... (volants et non volants) Porvenir, Terre de feu : 2h1/2 à 4h de traversée, en fonction de l'état du détroit de Magellan. Ce furent 3h à l'aller et au retour, avec des creux de 2 mètres : le ferry à fond plat tangue dans tous les sens et semble vouloir désarçonner Paloma. Mais rien n'y fait : bien sanglée, le rodéo ne la gêne pas. Juste une belle couche de sel sur la belle à l'arrivée : les véhicules ont été copieusement arrosés par les vagues durant le trajet.











À Porvenir, j'ai rdv avec Nedelka, une dame croate de 75 ans, arrivée en Terre de Feu à l'âge de 21 ans. Nedelka à 2 qualités : 1, elle me loge / 2, elle me raconte son histoire passionnante et émouvante. Nedelka à un défaut : elle ne s'arrête de parler que quand elle dort (et encore, je ne suis pas allé vérifier). Elle passe allègrement d'un sujet à l'autre, sans que l'interstice entre les 2 soit assez long pour :

1- répondre à une question

2- prendre la parole

3- respirer

4- s'enfuir



Mais à part ça, Nedelka est adorable et me concocte de bons petits plats : son plaisir est de me regarder manger, en me parlant. Moi, je mastique et j'opine.












Gaspard dans son rancho

(clin d'oeil au travail de Grégoire Korganow)




Seconde mission en Terre de Feu : rencontrer les derniers chercheurs d'or de la région. Je retrouve les frères Gesell, que Grégoire Korganow a photographié il y a quelques années (pour un livre que je cite sur ce blog, un peu plus haut et je vous jure que ne touche aucun pourcentage sur les ventes de ce superbe ouvrage). Jorge et Gaspard sont quasiment les 2 derniers mineurs, alors que le Cordòn Baquedano, à 30 km de Porvenir, en comptait plus de mille au moment de la ruée vers l'or au début du XXè siècle. En haut de cette colline, à 600 m d'altitude, ils ont construit leur rancho - cabane à demi enterrée pour se protéger du froid, du vent et des UV - et continuent, inlassablement, à laver des centaines de mètres cubes de terre pour trouver quelques grammes d'or pur. Un travail artisanal de titan, pieds dans l'eau en permanence, qu'ils exercent avec les mêmes outils que ceux utilisés par leurs prédécesseurs en 1905. Je passe 3 jours et 2 nuits dans la cabane de Jorge : au final, une belle séquence pour le film (je crois) malgrès des conditions de tournage compliquées > froid, vent, lumière capricieuse et un Jorge qui se préoccupe sans cesse de la caméra : "Il te reste assez de batterie ?" / "Pourquoi tu ne me poses pas plus de questions ?" / "Tu es sûr d'avoir filmé la pesée ?"... Car Jorge est un autre grand bavard. Seule différence avec Nedelka, c'est que lui vit dans la montagne, lá où le vent emporte vos paroles : donc Jorge - à l'intérieur ou à l'extérieur de son rancho - à pris l'habitude de crier en lieu et place de parler. Moi qui pensais faire une cure de silence post-Nedelka, c'est grillé. Les frères Gesell feront l'objet d'un article pour le site Sncf.













Jorge au travail dans sa mine
























Au 4 eme jour, je débarque chez Antonio et sa famille (rappelez-vous > la crevaison avec Laure)
L'estancia est sur la route d'Ushuaia : ils me demandent donc si je suis en route pour l'Argentine... "Non, je viens juste vous voir et retourne à Porvenir ensuite", je dis. Agréablement surpris que je fasse le (dé)tour de la Bahia Inutil pour leur rendre visite, on enchaîne vite sur un plat d'agneau grillé. Je mastique et m'explique : Carlos - le fils - me considère maintenant comme son "amigo francès" et me bombarde de questions sur mon emploi du temps depuis le moment où nous avons quitté leur maison. Et le soir, je retrouve ma couche aux douces effluves animales. Je les accompagne le lendemain pour "faire les foins" dans un prés peu éloigné : eux aussi travaillent avec des outils début de siècle et les bottes de foins se confectionnent avec une botteleuse manuelle. A trois, on explose leur rendement : 80 bottes à la journée au lieu de 40 pour l'équipe père-fils. Le soir, après une dernière ballade à cheval, j'ai le dos brisé et les bras en coton... mais double ration de mouton !










La maison d'Antonio

























Dernier jour du périple en Terre de Feu, je m'offre une ballade : il fait beau et en profite pour descendre jusqu'au lago Blanco, dans la partie centrale la plus isolée de l'île. C'est beau et sauvage, je ne croise que guanacos et castors. Je me ravitaille en essence dans une estancia (pas de stations à moins de 250 km à la ronde) pour finir le périple avec les dernières gouttes de la réserve pour rejoindre Porvenir en début de soirée. Et Paloma qui me refait le coup de la pompe à essence qui siffle alors que je viens de la changer : encore une visite à Gonzalo-l'amimécano en vue pour résoudre cette énigme. J'en profite pour lancer un appel à tous les connaisseurs : qu'est-ce qui peut bien faire siffler cette pompe ?




Mon voyage en solitaire se poursuit avec une dernière visite : Colomba et Georges de Paname viennent me ravitailler en k7 vierges et quelques kilos d'amitié. Peu de temps avec eux ici : va falloir que ce soit intense !



















El Chalten, Argentine, le 26 février 2007




À nouveau du côté argentin, de la pampa et du vent... Un peu de "tourisme" pendant cette remontée vers le Nord : le glacier Perito Moreno - coup de chance : un bloc de 50 mètres de haut et autant de large s'est détaché au moment oú j'arrivais > PLAOUFF !!! - et le mont Fitz Roy, 2 géants de Patagonie que l'on peut voir de très, très près. Vraiment impressionant. Mon plaisir est un peu gâché par le sifflement aigu et constant de Paloma : je suis "au pied" de la route 40, célèbre pour sa difficulté : vent latéral violent, mauvais état de la piste, peu de ravitaillement en essence (il faut que je m'achète un bidon supplémentaire de 10 l) et peu de circulation > donc en cas de pépin, tout devient problématique. Au dernières nouvelles, ce sifflement serait dû au système ABS qui déconne et non à la pompe à essence. Il faut que j'essaye de le déconecter aujourd'hui pour faire un test. Si c'est ça, c'est un moindre mal : je peux rouler sans l'ABS en étant plus vigilant. De toute façon, El Chalten est un village : je ne peux pas faire grand chose d'autre.










Paloma prête à manger la Ruta 40...

enfin, non, pas encore








Je loge ici chez l'habitant, chez Diana et son copain. Ils habitent une maison minuscule et l'organisation intérieure me fait penser à celle des (petits) appartements parisiens : stockage sous les lits ou en hauteur, wc coincé derriere la machine à laver et un coin douche oú on se retrouve les pieds dans une bassine à attendre que les 10 litres d'eau chauffent un peu... Dans la cour encombrée d'objets divers, 2 caravanes pinturlurées et arrimées solidement avec des cables : 2 copines de Diana vivent là en attendant d'avoir assez d'argent pour s'acheter une petite parcelle de terrain et se construire une maison de poupée. Ça forme une petite communauté de trentenaires qui vivent tant bien que mal la (fin de) crise économique argentine avec (très) peu d'argent et (beaucoup) de système D. Mais cette nuit, sur mon matelas installé dans la "cuisine", j'ai longuement pensé à l'histoire des 3 petits cochons, surtout au passage oú la 2eme cabane est emportée par le souffle du loup : les rafales de vent faisaient trembler les murs et ont envoyer paître à 10 m de là mes pompes qui prenaient l'air au dehors...



Si tout va bien, j'attaque la 40 demain : donc j'entre dans une zone oú je ne pourrais guère communiquer, surtout si je m'arrête en route dans des estancias.








RECTIFICATIF : apres un coup de fil à Bmw France ce matin, il s'avère que le problème de Paloma est sérieux et que je ne peux pas m'engager sur la route 40 sans le résoudre : en cas de panne (probable), je serais totalement isolé. Je suis donc en route pour Rio Gallegos, sur la côte Atlantique : une ville oú je peux trouver des garages et surtout Otto, un ami argentin qui à la même moto que moi. Je déteste revenir sur mes pas, mais cette fois je n'ai pas le choix. Encore 300 km demain, j'espère que Paloma tiendra le coup. Et après, combien de temps va-t-on rester bloquer là-bas ? Ça, c'est la grande inconnue...







À suivre donc.










après la pluie...

Rio Gallegos, Argentine, le 28 février 2007

Tout va très vite parfois : arrivé hier à Rio Gallegos dans l'après-midi, je file direct chez Otto. Il est en plein boulot mais laisse tout tomber pour me donner un coup de main. On démonte le réservoir, puis la pompe à essence : je reste persuadé que le bruit vient de là, Otto pense que c'est la pompe d'assistance au freinage. Avec la pompe démontée, on file chez un copain à lui qui tient un garage, pour tester la pompe : verdict > la pompe fonctionne mais le filtre qui est juste à côté est complètement bouché. CQFD. Il est 20h, mais on a encore le temps de tailler acheter un un filtre qui ressemble à celui d'origine. On trouve, on achète. On décide de reporter le remontage au lendemain et je leur paye un bon resto. Ce matin, remontage : ça démarre, ça ne siffle plus. On est content comme des gosses et je pars illico faire un essai roulant. Tout est ok. Ce soir on se fait un petit assado pour fêter cette victoire et dès demain je peux remettre le cap au Nord, l'esprit plus tranquille. Mais les 600km de plus étaient largement justifiés : la pompe n'aurait pas tenu le choc bien longtemps...















Cochrane, Chili, le 6 mars 2007




C'est seulement depuis Rio Gallegos et le dépannage de Paloma que j'ai pris conscience que la fin du voyage était (relativement) proche : à cause du détour et d'une certaine perte de temps, j'ai dû PLANIFIER la fin de mon parcours. Quelle horreur... finit le sentiment de liberté quand on sait que l'on doit être tel jour à tel endroit. Bref, ça sent le roussis mais en attendant, il se passe des choses en Patagonie, alors profitons-en au maximum.











Depuis Rio Gallegos, je suis remonté un peu le long de la côte Atlantique (asphalte), avant de repiquer vers l'Est, la pampa désertique, les pistes de gravier, sable et terre. Je m'arrête donc pour dégonfler un peu mes nouveaux pneus à crampons : ils accrocherons mieux la piste. Pour vérifier la pression, je me suis payé un petit vérificateur à Punta Arenas (pas cher : 1 000 Pesos > 10 balles). Mais le petit objet plastique pas cher made in Taïwan fait pour vérifier la pression des pneus, n'aime pas être mis sous pression : il m'explose dans les pattes dès le pneu avant. Je dégonfle donc au jugé > si j'ai un accident, ce sera la faute au peuple taïwanais.











Perdu au centre de la pampa argentine, la petite ville de Gobernador Gregores (5000 âmes environ). Une sorte d'oasis en plein désert : après une journée de piste caillouteuse bordée de... cailloux et de quelques touffes d'herbe jaunie, c'est le bonheur de voir une rivière, des arbres et de l'herbe verte. Aurélia me loue une chambrette pour 30 Pesos (environ 7 Euros) et m'a à la bonne : je repartirais de chez elle avec une boïna en laine (béret de gaucho) et une écharpe, tricottés mains, svp. Liliana, sa fille, m'aime bien aussi et veut m'aider à trouver des personnages pour mon film. C'est ce que je redoute un peu en géneral : le premier contact avec le personnage est important et souvent l'intermédiaire en fait des tonnes et casse le truc. Bref, elle insiste et me présente Arminda, 82 ans, qui a fini par atterrir en Patagonie après une vie mouvementée, dédiée à suivre son écrivain de mari, homme politique de gauche au Honduras, dont les livres furent brûlés pendant le dictature des années 70. Elle me raconte l'exil en Yougoslavie, la mort accidentelle de l'époux. Passionnant. Mais Arminda à les cordes vocales fragiles et l'entretien s'arrête au bout d'une heure. Je repars avec de la lecture : les 2 premiers livres de son mari, ré-édités au Mexique dans les années 90.








Je me dis que c'est bien parti pour Gobernador Gregores. Le dimanche, j'enquille avec Carlitos, l'original du village. Fils d'immigrés allemands, il vit dans une maison-atelier-garage, seul avec ses 15 chats et son chien. Carlitos (82 ans aussi, je fais pas exprès je vous assure : les jeunes sont toujours en bande et me font peur...) est un érudit, curieux de tout et vraiment drôle. Petit et sec, sa moustache gris-jaune semble lui manger tout le bas du visage. Il a une façon de conclure ses avis par d'énormes clins d'yeux qui le font ressembler à Popeye pendant 2 secondes. En deux jours, je passe 8h avec Carlitos, dont 1h d'assado le dimanche midi (j'ai amené le vin tinto > entre 2 énormes clopes roulées, il aime bien s'en jeter un, et moi je suis pas contre non plus). Mais le problème, c'est que Carlitos, il a jamais voulu que je sorte la caméra... Ne reste de cette rencontre que le souvenir suave du fumet de viande de mouton, mastiquée au milieu des chats et de leurs odeurs. Une belle frustration aussi.






















autopor-casque









Le lundi, je pars vers la Ruta 40 très décidé (ça veut dire que je me suis levé à 6h30) : le vent n'est pas si violent que ça et le soleil brille. Je décide donc que cette journée est belle et je file vers cette Route 40 si mythique, si terrible aussi. Quelques réflexions entendues, de ci, de lá, à son propos :



- "la Route 40 ? Pfiouuu, fais gaffe hein..." (Paul, je crois)




- "vous circulez tout seul ici señor ?" (un flic argentin très prévenant)




- "surtout, dépasse pas le 45 km/h, elle est super dangereuse" (Otto, mon copain de Rio Gallegos)




- "une rafale de vent m'a poussé dans le décors, j'ai rien vu venir..." (Otto, encore)




- "avec ta moto, le mieux est de carrément rouler à 90-100 km/h, comme ça tu ne sens ni les bosses, ni les trous. Mais c'est plus dangereux : si tu tombes, au lieu de te blesser, tu te tue" (Horacio, le type qui m'a vendu mes pneus crantés à Punta Arenas).




- "j'ai vu la rafale arriver à cause de la poussière : je m'arrête pour mieux tenir la moto... je me retrouve le cul par terre, la moto couchée de l'autre côté. Je ne sais pas ce qui s'est passé..." (Gonzalo, un motard portugais malheureux)




Je ne veux pas faire le malin, mais j'ai trouvé la 40... comment dire... sympa. Ben oui : pas (ou peu) de vent, un beau soleil et des paysages allucinants. Impossible de me plaindre. Et pourtant, j'y suis allé gonflé à bloc, prêt à en découdre avec cette cette terreur (j'étais pas très fier en fait...). Et c'est vrai que par endroit, c'est... technique. Mais ça passe...











Ruta 40









Et comme c'était une vraiment bonne journée, au bout de 3h de route sans voir personne, je tombe sur Thomas, le canadien. Il me fait signe, il est en panne avec sa Honda 250 cc.





"Stop, Hola ! kèskissepass ?"





Il vient de crever pour la 30 ème fois en 4 jours et n'arrive pas à remettre sa roue arrière en place à cause du vent (oui, à cet endroit ça soufflait pas mal). Mais il n'y arrive pas, car Thomas, depuis un accident de moto il y a 10 ans, à perdu l'usage de son bras gauche. Héberlué, je l'aide, je le filme : il m'explique comment il a transformé les manettes du guidon pour pouvoir embrayer, accélérer et freiner avec la même main droite. Thomas à un moral à toute épreuve : sa moto est un clou des années 80, rouillé, re-soudé, scotché de toute part. Sa malle arrière est une sorte de glaciere plastique, rivée tant bien que mal, dont les vis viennent de taillader la paume ensanglantée de Thomas. Rien n'y fait : Thomas, 45 ans, sans un sou, voyage depuis 5 ans avec le sourire rivé aux lèvres. Il m'avoue avoir piqué une grosse colère à la 25 ème crevaison, mais maintenant, il relativise... On reste 2h ensemble, je filme tout, ou presque. La moto réparée, c'est l'heure de la Lucky d'adieu : quel dommage que l'on aille pas dans la même direction...


photogramme extrait du film "Yamana, retour en Patagonie"

Je regarde Thomas partir et le filme jusqu'à ce que l'horizon le mange doucement > 3' inoubliables. Je me retrouve seul, complètement abasourdi par ce que je viens de voir, de vivre. Toutes mes affaires sont déballées au milieu de la piste (j'ai donné mes rustines et ma colle à mon ami-héphémère) et je peine à repartir : je ne sais pas si c'est lié au lieu, à l'isolement ou à une certaine forme de fatigue, mais soudainement, je me dis que cette rencontre est forte et belle à en pleurer...




Je suis repassé du côté chilien, en traversant les plus beaux paysages du voyage : canyons, rivières et lacs turquoises, sommets enneigés des Andes, lagunes de flamands roses et toujours ce calme impressionnant. Je ne reste qu'une nuit à Cochrane : demain, je reprends la piste pour Calleta Tortel, le village lacustre, et Villa O'Higgins, là oú la carretera austral prend fin. Fin.






Paloma, configuration "larga distancia"











Coyhaique, le 13 mars 2007



Back to "Coy". Ça fait un peu bizarre de se retrouver dans cette ville oú j'ai déjà passé pas mal de temps à l'aller. Pas mal de choses à faire ici : voir des amis, prendre rdv avec un pionier français qui habite à Lago Verde (400 km au nord-est de Coy) et écrire deux articles pour le site Sncf.




La descente vers Caleta Tortel et Villa O'Higgins vallait le détour. J'ai dû emporter de l'essence supplémentaire : ce sont des zones sans stations de gazolina. Adieu le vent de la pampa, bonjour la pluie de la forêt vierge ! Jamais content vous allez dire : faut reconnaître qu'entre les 2 maux, mon coeur balance... Mais quelle ambiance : ici, la carretera austral se désertifie encore plus vu qu'elle se termine par un cul-de-sac à Villa O'Higgins, bloquée par une nature infranchissable (le "campo de hielo sur" entre autres). Quelques cyclistes téméraires tentent quand même le passage vers l'Argentine, via une navigation de 5h et une marche sur un chemin de chèvre > en 4 jours d'efforts, ils se retrouvent ainsi au pied du Fitz Roy, côté argentin.




Brumes du matin près de Caleta Tortel









Une rencontre sur la route : Barbara, Belge de son état, marche depuis 2 mois sur la carretera austral, en direction du Sud, de Puerto Williams. Une courte séquence mais qui devrait trouver sa place dans le montage final, tant Barbara à une conception personnelle du voyage, du déracinement et de la solitude.







La bahia Tortel









Si la pluie ne m'a pas permi de profiter de Villa O'Higgins, j'ai pu en revanche arpenter les passerelles en bois - cyprès - de Caleta Tortel. Un village impressionant, construit sur les bords d'un fjord du Pacifique : le fort dénivelé de la pente et un terrain difficile - tourbe imprégnée d'eau - ont obligé les habitants à construire des passerelles et escaliers en bois dans tout le village pour relier les différentes maisons entre-elles. Enorme plaisir de se perdre dans ce dédale et goûter au calme impressionant du lieu > à Caleta Tortel, les voitures et autres véhicules à moteur restent en dehors du village, sur un parking. La mairie de Paris - entre autres - devrait peut-être s'inspirer de ce système pour résoudre les pbs de pollution...










Les rues de cyprès de Caleta Tortel








Les nouvelles aventures du gaucho de Las Salamandras : c'est très calme en fait. Quand je suis arrivé hier, seuls 3 anglais très discrets et sympathiques étaient présents. On m'a promis un nouveau troupeau pour le 19 mars : c'est tentant, mais je ne peux vraiment pas attendre jusque-là, ma migration vers le Nord est désormais entammée...










Coyhaique, le 16 mars 2007



Départ définitif de Coyhaique cet après-midi en compagnie d'Hubert, Français, 60 ans, qui vivait depuis 20 ans à New-York avant de tout vendre et partir sur la route pour 10 ans, avec son side-car. Il a des choses à dire, et moi je vais l'écouter... On va faire environ 400 km sur la Carretera austral ensemble, puis dans un village qui s'appelle La Junta, lui va partir vers l'ouest - en direction de l'île Chiloé - et moi vers l'est, en direction de Lago Verde et de la frontière argentine. Ce soir, si le temps le permet, on a prévu de s'arrêter en pleine nature et monter le camp.









La maison roulante d'Hubert a Las Salamandras







Un coup de bol hier : j'ai rdv avec Anabel, une copine française qui vit à Coy. Elle arrive et me dit qu'elle a peu de temps : sa collègue de travail a un cousin pilote d'hélicoptère dans l'armée chilienne, de passage à Coy... avec son hélico. Donc le cousin, très officieusement, propose à la cousine et la collègue de la cousine de faire un petit tour...




Moi, je dis : "ouaaaah".



Puis, les yeux mouillés de larmes : "j'ai jamais fait d'hélico tu sais..."







Hélico-lac







Anabel, elle pige vite : elle appelle la collègue-cousine-du-pilote-cousin et c'est comme ça que je me retrouve, 1/2h plus tard, dans un Ecureuil vert sapin. Le temps est exceptionnellement dégagé et le vol d'1/4h au dessus des montagnes, lacs et rivières envirronants Coy est mémorable. Lucky Fabricio sur ce coup-là ! Mais faut le dire à personne parce que l'armée n'a pas le droit de faire voler des civils...(ni les moutons d'ailleurs).









Helicop-vert









Bariloche, Argentine, le 25 mars 2007






Retour dans cette ville que j'apprecie bien peu : mais la sncf veut un article sur Bariloche. Je me demande bien de quoi je vais pouvoir parler... De la jolie vitrine de la boutique Lacoste ? De l'ambiance snobissime du lieu ? De la fracture sociale argentine qui prend ici des allures odieuses : la masse de touristes surrequipes doit quotidiennement traverser les bidonvilles de la peripherie pour aller trekker ou skier > un scandale ces rues sales et mal entretenues qui s'offrent a notre vue ! Mais que fait la municipalite ? Qui sont ces gens qui roulent encore avec des R12 deglinguees ?


Je le supporte d'autant plus mal que je sors d'une retraite de quelques jours dans une reserve naturelle (Los Alerces) > 3 jours et 3 nuits de solitude silencieuse, au bord du lac Varadavia. Des journees studieuses et bien remplies : preparer la reserve de bois pour le feu de camp du soir, se reposer parce que c'est fatiguant, ecouter le silence, enregistrer le silence (je prevois une sequence de 10' dans laquelle il ne se passe rien > edifiant que ca va etre...), gouter au luxe de ne rien faire... bref, se mettre en accord avec le milieu quoi.




Vieille branche





2eme jour, une apparition : un pecheur sortit de nulle part passe sur MA plage. Aussi mutique que moi (et surpris de voir quelqu'un ici) : on se salue de la pogne, geste accompagne d'un sobre "Hola que tal ?". Puis le silence a nouveau. Le pecheur fait voler sa mouche a quelques pas de la : faut reconnaitre que c'est un bien joli mouvement et qui a vraiment de la gueule dans ce decor (on se croirait dans un film de Robert Redford).




Quand il repasse devant moi 2 heures plus tard, on communique à nouveau :




- moi : "nada ?" (rien ?)




- lui : "nada" (rien)




- moi : "mais c'est une belle journée quand même..."




- lui : "oui, on se promène..."




Pogne levée à nouveau pour dire au-revoir et celler cette fin de conversation à batons rompus. Si je calcule bien, grâce au pêcheur venu de nulle part, j'ai parlé l'équivalent de 15 sec. 3 dixièmes en trois jours. C'est peut-être aussi pour ça que je me met à parler tout seul... comme je fais les questions et les réponses, je me force à me contredire, à me tendre des pièges. Mais je m'en sort toujours. Tou-jours.




Le dernier soir, une visite surprise vient rompre ma douce solitude : Garry et Dave, 2 cyclistes anglais qui remontent d'Ushuaia au Vénézuéla. Ça fait 3 fois que l'on se retrouve, de long en loin, sur la carretera austral et ailleurs. Cette fois, c'est vraiment un coup de bol énorme qu'ils débarquent dans le même repère que moi > c'est loin de la piste et bien caché. Et ils auraient pu 100 fois choisir un autre endroit le long de ce lac... ce que c'est que le destin tout de même. Comme ils arrivent à la nuit tombante (la température tombe aussi), pas le temps ni le courage de trouver du bois pour faire un feu. Ils me font un peu pitié à manger leur pâté en boîte à la lueur bleutée de leur frontale. De mon côté, je finissais mon petit gueuleton, vautré devant ma cheminée (pas de peau de bête, non...). Au menu ce soir : soupe pâtes chinoises + chorizos (3) au feu de bois. J'ai mangé le premier chorizo, il en reste donc 2... avec les 2 fans de la pédale qui jouent des castagnettes avec leurs genoux (rapport au froid) et leurs toasts de pâté (qui se cassent 1x/2 au moment délicat du tartinage) à moins de 10 m : vous auriez fait quoi vous ? Ben oui, les 2 chorizos grillés à point, à la viande hâchée finement pimentée, ont finis dans les estomacs de Simon et Garfunkel (je vous jure qu'il y a une certaine ressemblance).




C'est quasiment dans un rôt de digestion qu'ils m'annoncent avec un petit sourire que le XV anglais a battu les français en finale du tournoi des 6 nations > la provocation anglaise n'a vraiment aucune limite. Ni une ni deux, je sors mon couteau suisse - en position "tire-bouchon" par defaut - prêt à en découdre. Mais une nouvelle guerre de cent ans est évitée de justesse : sur l'air morose de "The bridge over trouble water", Dave-Simon & Gary-Garfunkel me confirment la victoire finale des tricolores dans le tournoi. Les chorizos sont maintenant digérés et l'honneur et sauf.




Retour au présent : j'ai déambulé toute la journée dans Bariloche - facile à retenir comme nom : un barril, une louche - mais à part cette blague vraiment très amusante, je ne vois toujours pas ce que je pourrais dire à propos de cette ville... Sauf des méchancetés, mais c'est pas vendeur. C'est ça le problème. Ou alors, tout n'est que question dosage : un barril de choses positives (comme c'est beau cette ville, ouahhhh les boutiques de fringues, etc) et une (petite) louche de critiques... correct non ?





Avant que la boutique ne ferme, juste un truc : allez voir le site de mon amimotard Hubert > www.thetimelessride.com. Tres beau site avec une petite surprise dans la rubrique "Carretera austral, 20 mars"...





Mendoza, le 1er avril 2007



Blogger vient de me faire son poisson d'avril : cela faisait bientôt 2h30 que je fignolais le récit de mes dernières aventures, plus quelques photos. Tout était dans la boîte, il n'y avait plus qu'à "publier" pour que vous ayez quelque chose à lire ce matin au boulot. Seulement voilà, ce maudit blog se déconnecte juste à ce moment là > le plaisir de perdre 3h de travail en quelques 10 ièmes de secondes... Sans compter que c'est la 2 eme fois que je dois refaire toute la mise en page et autres enrichissements qui se perdent on ne sait pas pourquoi. Oserais-je recommander la non-utilisation de blog.spot ?



Je vous parlais, en vrac, des dimensions halucinantes de la Cordillère des Andes, de ses sommets enneigés qui serpentent, à plus de 5 000 m d'altitude, à l'infinis quand le regard porte à droite ou à gauche.



D'un volcan tellement haut, tellement gros, que je ne le perd pas de vue durant 3h de trajet : je l'ai dépassé depuis bientôt 200 km que l'apperçois encore dans mes rétros.


Volcan-col-blanc



D'une fin d'étape entre Zapala et Bardas Blancas, sur la route 40, il y a 2 jours, qui m'a plongé dans la 4ème dimension : une route asphaltée qui s'arrête sans prévenir et se transforme en champ de mine, avec des nids d'autruche (un nid d'autruche = environ 5 nids de poule) tous les 2 mètres. Le soir qui tombe, le froid qui augmente, un rhume, incertain le matin, qui se confirme - ce qui implique la gestion difficile de forts éternuements dans le casque intégral - et pas de vivres pour camper...



Un village sur la carte qui n'existe pas dans la rálité, un homme au regard étrange au bord de la route - d'où sort-il ? - qui ne me répond que par des éclats de rire brefs, rocailleux et édentés, par la même occasion. Où suis-je ? Que se passe-t-il ici ? Tu vas me répondre, dis ?


Pas de réponse...



Un ciel nuageux rouge-sang > le soleil à basculé de l'autre côté de la Cordillère - ambiance apocalyptique. Je me sens un peu seul tout à coup...



Un panneau, une promesse de village, de lieu habité, de vie. J'y arriverais : 30 km encore dans la nuit tombante. Atchaaa, fait froid aussi.



Nuit tombée, le village est atteind (donc il existe). Noir total, pas d'éclairages à cause d'orages violents depuis 4 jours sans interruption... je n'ai pas vu ni bu une goutte de pluie depuis une semaine !



Chance : une auberge. Knock, knock !


... Je vous jure que la personne qui ouvre la porte est un bossu mutique aux oreilles gravement décollées.

Dans ma chambre douillette - un lit métallique, un sol en béton défoncé et 1 bougie - je plonge sous les couvertures et entre 2 éternuements je m'endors sans pouvoir répondre à la question qui me taraude depuis quelques heures : "comment fait-on pour sortir du triangle des bermudes" ?


Valparaiso, le 11 avril 2007

Traverser la frontiere entre l'Argentine et le Chili un vendredi Saint est une bêtise qu'il est bon d'éviter à tout prix > je le sais puisque je l'ai faite (la bêtise)...

10 km de queue à 2500 m d'altitude, on m'annonce une prévision de 6 à 8h d'attente. Bon. Tout le monde ronge son frein, sauf les camions et les bus qui doublent en trombe la file de voitures en empruntant une piste de terre - ah, oui, j'ai oublié de dire que cette portion de route est en travaux - et gagnent ainsi quelques heures. C'est trop tentant et c'est la seconde bêtise de la journée : je mets Paloma dans le sillage des poids lourds. Tout se passe bien jusqu'à ce que je tombe sur un petit homme vert qui porte des lunettes de soleil style "police politique". Je ne vois pas ses yeux mais je comprends vite qu'il ne plaisante pas quand il me demande de faire demi-tour pour reprendre ma place dans le traffic - un flic argentin qui cite du Cabrel, c'est pas banal quand même - et faire la queue comme tout le monde... Je me met à éparpiller des arguments aussi idiots les uns que les autres, en vrac :

> j'ai froid

> le moteur de Paloma chauffe (c'est vrai, mais il suffit de couper le contact et hop, il refroidit)

> les gens dans leur voiture, ils ont la musique, pas moi (bon argument il me semble quand il s'agit de patienter une journée)

> je ne me rappelle plus de ma place dans la queue (c'est la vérité)

> j'ai la grippe, regardez la visière de mon casque...

> quand je suis un camion, il y a tellement de poussière que je ne vois plus si je suis sur la bonne route (aussitôt dite, aussitôt regrettée celle-là...)

Mais miracle, sous ce déluge d'absurdités et de mauvaise fois, le petit homme vert semble vaciller et, en regardant fixement au loin, me lance un lapidaire et innatendu :

"ADELANTE" (passez)

Bon je me tappe quand le reste de la queue (3h environ). Mais ma grippe se résorbe, j'ai moins froid, et me suis fais des amis dans la file qui me laisse écouter de la musique dans leur voiture. Je suis l'attraction de ce microcosme et je raconte 20 fois de suite que :

"jesuisfrançaisquejerentred'unvoyagede5moisenPatagoniepourfaireunfilmetquetouts'estbienpassée

etquejenesaispassijepréfèrelesargentinsouleschiliensparcequ'ilssonttellemntdifférentsmaistous

sympasetqueouilafindelasemainesaintec'estdelafoliesurtoutàlafrontièrec'estlapremièrefoisquejevois

çademavieahahahahbienvenuealorsenAmeriqueduSud..."

Bien sûr des reporters de chaînes tv sont là pour immortaliser le moment et se ruent sur ce petit frenchie si exotique avec sa grosse moto et sa visière toute dégueu : j'essaye de leur expliquer ce que je ressents, mon point de vue sur la situation, etc... Ils me coupent vite la parole : ils veulent juste entendre que je suis absolument choqué, que c'est un scandale un traffic aussi lamentable en 2007 entre 2 pays comme le Chili et l'Argentine. Et tout le monde dans les voitures avoisinantes de beugler : "ouais, dis-leur que c'est scandaleux, que c'est sûrement pas en France que les gens restent bloqués dans leur voiture le vendredi Saint...". Ils ont raison, quand le choc est trop violent, ils en sont éjectés...

Bon, à part ça, vraiment content-content de revenir à Valparaiso : quelle ville... Il se passe quelque chose à chaque coin de rue, le port est une fourmilière qui ne s'arrête jamais, les escaliers sont raides et longs, les ascenceurs rustiques mais authentiques, une population bigarée qui vit et survit de métiers de la rue, des maisons de toutes les couleurs, de touts matériaux - bois, tôle ondulée, béton - qui sont belles de loin mais cachent la plupart du temps une misère certaine... Du coup, comment l'appréhender ? Avec ce regard européen et "photographique" qui trouve toujours de la beauté là oú les habitants ne voient que de la saleté, des chiens errants et des maisons qui sont, parfois, sur le point de tomber dans le bas de la "cuvette". Un paradoxe que je gère depuis 3 jours que j'arpente inlassablement les avenues, rues, ruelles et escaleras de Valpo la belle, en m'autorisant, de temps à autres, une montée en ascenceur pour reposer les guiboles.


Une rencontre, dans l'ex-prison reconvertie en lieu culturel alternatif > Papito y a passé 25 ans mais il y est resté à la fin de sa peine et à la fermeture définitive du lieu. Maintenant il est comédien, écrit des pièces de théâtre, gère une galerie photos et est le protagoniste d'un documentaire chilien qui est en cours de montage. Cette prison était réputée pour ces conditions d'emprisonnement inhumaines : surpopulation, hygiène quasi inexistante, bâtiments en ruines et la violence ordinaire qui accompagne tout ça. Papito est un conteur-né : ça donne la chair de poule de l'écouter décrire les sons, les odeurs, les attitudes et le vocabulaire > tous spécifiques à l'univers carcéral. Tout cela en regardant le mur blanc strié de barreaux du bâtiment principal, juste en face de nous...

Ce soir, je serais à Santiago : je n'en finis plus de retarder ce retour dans cette ville, qui signifiera la fin de ce périple PatagoMien.



Santiago, le 19 avril 2007

Je n'aurais pas dû aller faire un saut sur le site de mon amimotard Hubert ce soir : il poursuit gaillardement son aventure au nord du Chili et son voyage est vraiment hors-normes alors que le mien prend fin demain matin (puisque c'est l'heure du retour à Paris...). Bien sûr 2 sentiments contradictoires m'étreignent : retrouver Laure, les amis et la famille après cette virée solitaire de 6 mois, c'est plutôt réjouissant. Mais ce soir j'envie Hubert et j'avoue que le retour à la "vie normale" (si elle existe) me fait un peu flipper. Hier, mon ami Andrès me demande si je serais prêt à repartir tout de suite de Santiago, vers le nord par exemple. Je réponds "oui" sans réfléchir, puis "OUI" après réflexion. Heureusement, le mini séjour de retour à Santiago m'a permi de reprendre contact avec la réalité, avec la ville, le bruit, la pollution, et des gens partout, partout, partout dans de très petits, petits, petits espaces...

Je tente de me rassurer en me disant que, via le montage du film, je peux tenter de faire perdurer cette histoire, repousser encore de quelques mois l'échéance de l'aventure.

Et après ? Hé bien ne pas oublier qu'à l'origine de ce projet, mon coeur balançait entre la Patagonie et les plaines immenses de Mongolie, la Sibérie...

Donc tout reste à faire, heureusement.



PS : d'un commun accord, Paloma reste au Chili...